Nous avons continué à monter les marches jusqu'au lycée Jules Ferry, un grand bâtiment abandonné, qui se mute peu à peu en ruine, parfait pour un film d'horreur.
Puis nous sommes redescendus pour nous rendre chez Narijoana et sa femme Marcelle qui nous a montré ses peintures de paysages malgaches, de feux de brousse, de lémuriens faits avec de la terre rouge. Avant d'aller au restaurant chinois, nous sommes passés chercher la mère de Narijoana dans sa belle petite maison, et nous avons croisé un ami de la famille qui s'est révélé être médecin. C'est dans la pénombre qu'il a diagnostiqué ma soeur d'un manque de vitamines et qu'il lui a prescrit de la
, qu'elle a failli vomir dans les toilettes du restaurant chinois tellement il était amer. Mais le repas était quand même plaisant. Marcelle nous a félicité de notre courage pour avoir vécu toutes ces aventures. J'étais heureuse que quelqu'un le reconaisse en dehors de nous.
quelque part à une heure de route de Tana. Contrairement à ce que le nom laisse croire, c'est une fête. Le matin, ça commence par la marche jusqu'au tombeau, puis la sortie des corps dans leurs linceuls, le remplacement des linceuls et leur dépôt en vue de tous. Ca nous a fait très bizarre d'être escortés jusque devant le nouveau tombeau, là où les corps d'une famille étaient entreposés, dans leurs linceuls heureusement, montrés avec fierté » et respect. Au moment où on est arrivés, en milieu d'après-midi, les chants traditionnels et les discours (kabary) commençaient. A Madagascar il y a une tradition orale très forte. Dans la plupart des familles, il y a quelqu'un qui est doué en discours et qui représente la famille aux grandes occasions. Cette personne s'excuse toujours en prenant la parole, remercient Dieu, les ancêtres et l'Etat. Ce dernier était alors composé d'un conseil réunissant les 4 tendances politiques incapables de trouver un accord sur la mise en place d'un gouvernement, ce qui a fait rire l'assemblée.

Il y a eu de beaux chants, des danseurs de tous les âges, des musiciens sous le drapeau malgache, ce qui m'a montré à quel point les Malgaches sont fiers de leur pays, de leur langue et de leur culture. D'ailleurs il y a eu un concours dans le village dont on remettait le prix ce jour-là, qui portait justement sur la culture malgache. A la clé : deux vélos et un voyage Tana-Paris pour un séjour dans les pays de la zone Schengen. Un beau cadeau pour la gagnante, qui a fondu en larmes.
De retour à Itaosy, chez Mamy, la famille regardait le Popstar malgache :
Pazzapa. Cette émission n'a fait que confirmer le fait que nous n'avons pas du tout les mêmes standards en matière de musique : ils adorent les chanteurs qui sont taxés de ringards dans la Nouvelle Star, comme Céline Don, Barbara Streisand, Mariah Carey... Sans oublier toutes les mimiques qui vont avec et les trémollos dans la voix. D'accord ils chantent bien, mais ils ne créent rien de nouveau.C'est ce qu'on pourrait leur reprocher s'ils tentaient leur chance en France. D'ailleurs devinez qui a fait un flop un France et qui venait de Mada ? Tizee Bone ! Mais si, le mec de TRAGEDIE !!! Il sortait justement de Pazzapa mais il s'est retiré du marché français et fait désormais un carton là-bas. Par contre il a changé de nom : maintenant c'est Izit. Et c'est beaucoup mieux quand il chante en malgache. Peut-être parce que je ne comprends pas les paroles.
Dimanche 23 aoûtNous faisons grève et laissons papa aller à je-ne-sais quelle église pour donner des livres donnés par son église en France. Pendant ce temps, nous regardons le début d'un film pour ados mais quand Florent allume l'ordinateur, le courant saute. Les deux ados de la maison nous disent que ça arrive souvent et que ce n'est pas sa faute. Ils nous demandent si on n'a jamais de coupure de courant et sont surpris d'entendre que ça n'arrive jamais, jamais? jamais! chez nous.
L'après-midi, du monde commence à arriver.
On ne les connaît pas, ils ne nous connaîssent pas. C'est notre père qui les a invités mais il n'est pas encore rentré. Situation délicate, un silence gêné plane pendant que la dizaine de personnes s'installe dans le salon, avec maris, femmes, grands enfants et leurs fiancés, cousins, bébés. Mon père arrive enfin et nous présente la famille de son demi-frère Jules qu'on n'a jamais vu. Il paraît que ce monsieur est notre cousin. Mais il est grand-père ! C'est difficile à croire et je me dis qu'il doit y avoir une erreur quelque part. Quelqu'un lance le karaoké (un autre classique du divertissement à la malgache) et l'ambiance se détend un peu. Mon père est ému, solennel, heureux de voir sa famille, de tenir le petit-fils de son neveu dans ses bras. Il l'appelle « mon arrière-petit-fils ».
Lundi 24 août
Nous avons décidé pendant le week-end de partir avec la famille de Mamy
au bord de la mer, à Foulepointe, sur la côte est, jusqu'à samedi. C'est Noro, la femme de Mamy, qui s'est chargée de réserver le bus jusqu'à Tamatave. Et en effet, c'est un vrai bus que nous prenons, confortable, avec des rideaux, la clim, de vrais sièges... La Rolls des taxis-brousse. Sur la route, juste avant de s'arrêter pour manger, nous dépassons un camion renversé sur le bas-côté dans un virage.
Mardi 25 août
Nous arrivons à
Tamatave vers 2 heures du matin et restons dormir une heure ou deux dans le bus en attendant qu'un plus petit taxi-brousse nous emmène jusqu'à Foulepointe. Je suis épuisée et désorientée. Je me laisse balloter dans la voiture, sur la route pleine de trous et de bosses. Vers six heures du matin, la voiture s'arrête dans un village où la route est en sable. On y est. L'aurore pointe le bout de son nez. Avec Florent et les enfants, on marche jusqu'à la plage et on assiste pile au lever de soleil sur la mer.
Magnifique !Après des recherches infructueuses pour une place dans un hôtel pour 9 personnes, nous aterrissons dans les bungalows spartiates de l'hôtel « Silhouettes de l'est ». La chambre est tellement minable, sans eau chaude ni porte pour la salle-de-bain que nous nous reportons vers une vraie chambre d'hôtel, confort à l'occidentale, avec eau chaude, moustiquaires et ventilateur. Ouf ! Nous n'avons plus le charme de dormir dans une cabane au toit de palme tressée, mais au moins la literie n'est pas à même le sol.
Nous partons nous dorer sur la plage pour toute la journée, et profitons même d'une petite sortie en mer sur une pirogue pour découvrir la faune de la barrière de corail qui entoure la plage. Je m'endors au soleil pendant qu'on écrit mon nom sur le sable et choppe un coup de soleil sur le décolleté. Pas classe.

Après un dîner en ville, en passant par un chemin sombre éclairé par des lucioles, nous nous couchons, à l'heure impossible de 20 heures 30, mais complètement crevés. En me brossant les dents, je découvre
un lézard sur le mur. Quelques minutes après il réapparaît au-dessus de notre lit. Perrine s'enferme dans la moustiquaire.
Mercredi 26 aoûtContrairement à la veille, ce jour fut
pluvieux et gris. Ils nous a fallu quitter notre belle chambre pour un bungalow partagé entre nous tous. Assez confortable, mais pas d'eau chaude ni de porte ou de plafond pour la salle de bain. Du coup, on pouvait tout voir de la mezzanine. Et il y avait trois lits deux places et un matelas pour neuf personnes. Soit.
Le temps s'est assez dégagé pour que vers midi nous allions déjeuner sur la plage, du poisson grillé à l'air féroce. La pluie s'est remise à tomber en fin d'après-midi, genre pluie tropicale.
Jeudi 27 aoûtA sept heures, tout le monde est déjà levé, sauf Perrine qui est fatiguée. Papa la tire hors du lit pour aller prendre un petit-déjeuner sur la plage. On nous sert du thé au lait.
Soudain Perrine à l'air de nous faire une crise. On dirait qu'elle a mal au ventre et à la tête. Elle n'arrive pas à nous expliquer ce qui ne va pas. Elle se lève de table en catastrophe, suivie par mon père. Après plusieurs minutes ou je sens moi aussi que je ne pète pas la forme, je mange du pain, seule nourriture en laquelle j'ai alors confiance. On se lève tous pour partir à la recherche de Perrine et papa et on le trouve assis sur la plage, Perrine visiblement assoupie, allongée les cheveux dans le sable.
Après un aller-retour à la pharmacie pour acheter de la vitamine C, Mamy décide de trouver quelqu'un
pour emmener Perrine à l'hôpital. Nous n'avons aucune idée de la distance à laquelle se trouve l'hôpital. Perrine se sent mal de créer tant de remous et ne veut pas y aller. Mais on trouve rapidement un 4x4 appartenant à quelqu'un de haut placé dans la région, qui nous emmène au dispensaire, dans le village de Foulepointe, donc pas si loin que ça. Nous sommes pris en urgence par le médecin qui prend sa tension, lui demande si elle a eu de la fièvre, si elle a pris des médicaments. On lui dit qu'on prend de la Nivaquine depuis le début du séjour, mais il nous annonce que
ce n'est plus efficace contre le paludisme. C'est ballot. Donc Perrine est diagnostiquée du palu. On lui prescrit 3 piqures de Quinine dans les 3 jours qui suivent, la première à prendre tout-de-suite. Nous passons dans la pièce d'à côté, celle de l'infirmière, Perrine appuyée sur mon bras. J'observe les gestes de l'infirmière, qui ouvre une seringue stérilisée, la remplit de produit issu d'un flacon, donne une bonne tape sur la fesse de Perrine et lui enfonce l'aiguille sans plus de cérémonie. Je vois la jambe de Perrine qui tressaillit et une grimace sur son visage. Ca a l'air de faire plus de mal que de bien. Elle se sent mal, elle veut s'allonger par terre. La voilà qui s'effondre, entre mon père et Mamy. L'infirmière lui fait de l'air avec un cahier, tout en disant qu'il faut qu'elle reprenne des forces en mangeant.
Le reste de la journée, Perrine reste en convalescence dans le bungalow et nous veillons tous les trois sur elle. Plus tard, Perrine est en état pour se relever et assister à l'évènement musical organisé par une marque de bière sur la plage : le
THB Tour. Ils mettent en place un concours de Tecktonik (eh oui, ça traverse les océans, ces trucs là) pour les enfants, qui viennent s'agiter sur le podium. Puis un concours de danse tropicale pour les petites filles. Shocking ! Il s'agit de remuer ses fesses violemment devant la foule en délire. Une toute petite fille gagne. Plus tard dans la soirée, il y aura une discothèque géante sur la plage, mais Perrine et moi allons nous coucher.
Vendredi 28 aoûtJe suis réveillée par mon mal de ventre. Je me précipite aux toilettes et là ce n'est pas beau à voir. Je vous épargne les détails crus, mais
j'ai la tourista. Perrine va mieux. Nous profitons de la plage le matin avant de quitter le bungalow et de prendre le taxi-brousse jusqu'à Tamatave. Là, nous retrouvons Toky, la nièce de Noro, qui travaille dans cette ville et qui a voyagé dans différents pays d'Afrique. Nous mangeons une bonne glace multi-parfums dans des verres de cantine chez le fameux Abdallah Ouad.

Je ne vais pas mieux et visite les toilettes toutes les heures. Jusqu'au restaurant chinois dans lequel elle nous emmène. J'apprécie quand même le repas, une soupe aux raviolis de légumes. La famille de Mamy part dormir chez Toky et nous rentrons dans notre chambre d'hôtel familiale. Il n'y a toujours pas de porte pour les toilettes mais cette fois-ci il y a de l'eau chaude, ô miracle !
Samedi 29 août
Nous avons pris des
cyclo-pousses pour nous rendre au bazarbe (grand bazar) pour acheter d'autres cadeaux. J'ai trouvé une boîte secrète pour Rob : difficile de déceler comment on l'ouvre, mais le vendeur m'a montré la technique. Vers 11 heures, nous avons retrouvé les autres à la gare routière pour le retour à Tana.
Dimanche 30 août
Toujours pas de trou dans notre emploi du temps. Ce jour-là, nous sommes allés rendre visite à de la famille plus proche, que nous avons l'habitude de voir en France : la soeur de ma grand-mère, tantine Suze. Comparée aux maisons malgaches, elle a une belle demeure, avec un terrain assez grand. Il fut un temps où elle avait une piscine mais elle est vide aujourd'hui, puisqu'il n'y a plus d'eau à la source, et elle contient ses tortues. Dans sa maison, nous nous sentions un peu plus proche de chez nous, puisqu'elle était remplie de photos de nos cousins, et dans un coin nous avons même déniché une photo de nous trois, la même que celle qui trône dans le salon à Courcouronnes.

J'avais encore des maux de ventre, mais la nourriture qu'elle nous a servie était vraiment bonne, bien que simple. Et j'étais ravie de voir que pour une fois on nous servait des légumes avec la viande, et en entrée. J'ai été surprise par le goût de la papaye, parfois sucrée, parfois désagréablement amère. Comme un goût de tartre pour être honnête.
Puis nous avons marché jusqu'à la propriété de Roland, et quand je dis propriété, c'est ce qu'il faut comprendre. Un petit lac au milieu d'un dénivellé. Un piano à queue qu'on ne peut pas éviter quand on rentre dans la maison. Nous sommes arrivés pour le café alors qu'ils avaient déjà des invités.

Nous avons rencontré là un couple qui prévoyait comme nous d'aller à Majenga la semaine suivante. Nous nous sommes aussi fait cuisiner par toute cette famille éloignée qui nous demandait, comme tous les malgaches que nous avons rencontré là-bas, ce que nous pensions de Mada et des malgaches. Et comme d'habitude, Perrine a répondu la réponse gentille « C'est beau ». Mais ce n'est pas tout, ils ont voulu savoir comment on trouvait les mecs malgaches, à Mada, et en France, si on parlait malgache, si on comprenait, que c'était bien dommage, et ils ont enchaîné sur l'importance de conserver la culture malgache, même si l'on ne parle pas la langue.
Là, j'ai bien voulu leur concéder que je trouvais les Malgaches conviviaux, très accueillants, depuis le début, que c'était comme une grande famille et là ils ne se sentaient plus de joie et m'ont déballé le concept de « fihavanana », qui justement reprend cette idée de fraternité et d'hospitalité. On a légèrement eu le sentiment de se faire bourrer le crâne, surtout quand il nous ont dit qu'il faudrait qu'on épouse des malgaches. C'était très subtil, quelqu'un a dit que ce serait bien aussi qu'on ramène des Anglais ou des Allemands, et là j'ai ri intérieurement, mais qu'il y a de très bons partis à Madagascar.
Nous sommes repartis assez perplexes.
Lundi 31 aoûtNous sommes descendus à Tana dans le quartier d'Analakely pour faire du shopping, acheter des cartes postales et d'autres souvenirs. J'ai craqué pour un djembé et un tambourin en peau de zébu mais j'ai sûrement payé beaucoup plus que ce qu'il ne valait.
Nous avions rendez-vous à 15 heures à la gare routière pour Majenga. Ce voyage fut horrible. J'étais devant, au milieu, sur un siège qui en fait n'en était pas un, juste un habillage en rembourrage au-dessus d'un truc qui me chauffait les fesses et qui était dur comme de l'acier. Le repose-tête n'était pas fixé au siège mais glissé dans le rembourrage.Du coup, quand j'essayais de reposer ma tête dessus, les branches en fer me rentraient dans le dos. Je m'imaginais être comme un personnage du jeu des Sims, dont la barre de confort diminue jusqu'à atteindre zéro et dont le diamant au-dessus de la tête indiquant l'humeur devient rouge vif : exécrable. J'avais les nerfs en pelote et une envie de pleurer.
Mardi 1er septembreArrivés à Majenga, la ville commençait à s'éveiller. Nous avons été accueillis par Johnny, une personne envoyée par un membre de la famille de mon oncle (cherchez pas, c'est trop compliqué). Nous avons croisé par hasard le couple qui nous avait aidés à passer rapidement aux contrôles de frontière à l'aéroport. Mais eux repartaient vers Tana.
Pour ces trois jours à Majenga, nous devions loger dans un bungalow près de la mer, loué par les bonnes soeurs du coin. C'était un très bon plan puisque la maison en question était juste à côté de la plage, orientée vers l'ouest, donc parfait pour voir les couchers de soleil. Il y avait un petit jardin avec des fleurs d'Ylang-Ylang. De là, ça ressemblait à ce que j'imaginais de vacances sur une île paradisiaque.

La plage n'était pas très jolie et des algues mortes s'entassaient à quelques mètre du bord, mais tant pis, tout ce qu'on voulait c'était s'allonger sur le sable et dormir. Pendant ce temps, les hommes sont partis faire les courses pour remplir le frigo (oui, on en avait un!). J'ai fait la cuisine pour la première fois du séjour : une salade de crudités, priant pour que les tomates lavées à l'eau non potable passent bien.
Après manger, nous avons marché jusqu'à un coin de plage bondé où de jeunes débiles se sont amusés à nous lancer leur balle sur la tête. Cette technique de drague a beau être universelle, je ne la comprends toujours pas. Le soir, nous avons décidé d'aller manger en ville. Perrine et moi rêvions d'une pizza. Une bonne vieille pizza avec du fromage, quelques légumes, et surtout, pas de riz. Au détour d'une rue, nous avons trouvé un petit restaurant, bien illuminé et à l'air propre. Et à notre plus grande joie, on nous a servi trois pizzas quatre-fromages. J'ignore quels étaient les trois premiers, mais on a vu le cuisinier sortir et revenir avec des boîtes de Vache Qui Rit. C'était délicieux.
Nous avons marché le long du bord de la mer, en ville, où un marché artisanal était installé et où une sono attirait les jeunes venus manger des brochettes, des glaces et de la barbe-à-papa. On se serait cru en France, sur la côte. J'ai essayé de marchander pour acheter une petite guirlande pour la déco, mais la vendeuse n'a rien voulu entendre. Du coup je suis allée chez le vendeur d'à côté, mais ils n'avaient pas d'aussi belles choses. J'ai pris la mauvaise (ou bonne ?) habitude de marchander et de faire la difficile sur les prix, alors que ça ne valait jamais plus de 5 euros. Et quand je ne marchandais pas, j'avais l'impression de me faire arnaquer...
Mercredi 2 aoûtLe lendemain, il faisait toujours un temps superbe. Il faisait même trop chaud. Florent a eu l'idée d'aller s'asseoir dans l'eau sur des chaises en plastique du jardin. C'est ce que nous avons fait, et c'était une idée très fun !

A midi, nous avons retrouvé le couple qui prenait ses vacances à Majenga en même temps que nous. Ils nous on fait goûté des camarons : comme d'énormes crevettes. Nous sommes allés les manger dans un petit restaurant tenu par un couple de lesbiennes, l'une française, l'autre malgache, aucune des deux très classe. Elles parlaient comme des gros durs et juraient comme des charretiers.
Jocelyne nous a parlé de son année au Canada en échange universitaire, de son travail dans une grande entreprise, et ça donnait envie. Elle, comme ma mère, a vécu en France et fait ses études en France. Ca m'a fait réfléchir sur la façon dont elles voient la France et Madagascar. Terre d'accueil, terre des ancêtres, terre inconnue.
Le soir, nous sommes retournés en ville avec eux et nous avons goûté aux brochettes grillées, aux bananes plantains et aux samossas grillés.

Un délice, ponctué par des coupures de courant dans le restaurant devant lequel nous mangions, comme si on avait branché trop d'appareils électriques en même temps. Nous avons aussi vu passer un improbable petit train.

Nous avons osé les glaces de chez « Gastro Glace », sans conséquences graves pour la santé. Puis il fallu trouver un taxi pour 7. Bien sûr il n'y en avait pas. Nous nous sommes donc entassés à 5 à l'arrière et 2 devant. Pendant que la glace de Perrine lui coulait dessus par le fond du cornet, j'avais l'impression d'être assise sous trois personnes. Jocelyne avait peur quand le chauffeur de taxi accélérait dans la ligne droite pour prendre de l'élan et couper le moteur. Pour couronner le tout, aux abords du quartier où nous étions logés, un barrage de police nous attendait. Le policier nous a arrêté et à bien regardé avec sa lampe de poche à travers les vitres de la voiture. Le chauffeur a expliqué en souriant que nous étions des vacanciers qu'il ramenait à l'hôtel, pas loin. Je ne sais pas comment ni pourquoi, mais il nous a laissé partir.
Jeudi 3 aoûtEn fin de matinée, nous avons rejoint Jocelyne et Clément, un peu plus loin sur la plage, en face du restaurant. Nous avons mangé en compagnie de Patrice, le frère de Jocelyne, qui se faisait une fierté de manger son riz avec les mains, comme un Africain. Been there, done that. Nous avons assisté à notre dernier coucher de soleil sur la côte ouest puisque nous partions tôt le lendemain.

Johnny est passé nous chercher pour nous conduire chez Mamy, son patron, en empruntant des pistes compètement couvertes de trous et sur lesquelles on ne pouvait pas rouler à plus de 20 kilomètres à l'heure. Là-bas, nous avons fait la bise à toute une famille, sans enregistrer un seul prénom. Encore un repas de famille, avec apéritif, grignotage, entrée, plat et déssert. Le tout accompagné du légendaire « Bonbon Anglais », une boisson gazeuse au goût de bonbon Arlequin. Nous sommes rentrés absolument pleins.
Vendredi 4 aoûtNous avons quitté le bungalow et ses deux lézards à 6 heures du matin. Près de la gare routière, avant le départ, nous avons mangé des viennoiseries meilleurs qu'à Paris et surtout bien moins chères, vendues dans la rue. Le retour en taxi-brousse s'est fait à 100 kilomètres/heure, ce qui est extrêmement rapide pour le pays. La route était bien goudronnée, du coup le chauffeur se permettait des pointes d'accélération et dépassait tout ce qui bougeait, en poussant les deux coups de klaxon inutiles et néanmoins légendaires. Malgré la chaleur désagréable, les paysages sur cette route étaient spectaculaires : nous zigzaguions sur les montagnes, croisions des cascades, traversions des ponts neufs mais qui semblaient fragiles, observions les feux de brousse qui dévoraient les côtés des vallées, repérions des oasis de verdure perdues au milieu d'un désert rouge.

Nous sommes arrivés plus tôt que prévu, grâce à la vitesse du chauffeur. Une fois chez Mamy, nous n'avions plus la force de rien faire que manger quelques patates douces et nous coucher, pendant que nos hôtes se rendaient à une soirée.
Samedi 5 aoûtSi vous avez lu jusqu'ici sans tricher, écrivez -choucroute- dans les commentaires. On arrive au dernier week-end. Encore plus chargé que les autres, si jamais c'est possible. Le matin de ce samedi, nous sommes allés acheter les tout derniers souvenirs dans le quartier d'Analakely. Puis nous sommes passés à la pâtisserie de l'hôtel hypra-chic Colbert, dans lequel aucun malgache ne dort. Nous avons acheté des gâteaux à offrir à la famille qui nous recevait le midi, ainsi que des petites cochonneries pour la route. Mais attention, des cochonneries raffinées : une religieuse, un paris-brest et une tropézienne. Chers pour Madagascar, mais tellement cheap pour la France ! Les trois, de facture vraiment soignée, pour moins d'1 euro.
Nous nous sommes rendus en taxi chez Tiana, le fils du demi-frère de mon père. C'est ça la famille malgache. Séquence émotion : nous nous sommes rendus au tombeau familial de mon père, sur lequel il n'était pas retourné depuis presque quatre décennies. Rien qu'à l'idée de ce pélerinage, il a fondu en larmes dans la maison de Tiana. Nous avons donc marché jusqu'à une enceinte de briques rouges aux murs d'environ deux mètres. A l'intérieur, deux maisons qui n'avaient pas été prévues avaient été construites, par manque d'espace dans la commune. Au final, le tombeau en lui même était entouré de friches, dévoré par les mauvaises herbes mais tenait toujours debout.

Nous sommes aussi passés voir une tante de mon père, âgée de 90 ans, une petite dame qui avait l'air enjouée, malgré sa difficulté à se déplacer et sa cataracte. S'en est suivi le repas inévitable, auquel on nous resservait de la nourriture alors qu'on n'avait rien demandé et que nos assiettes étaient encore pleines. Nous avons joué au loto (un jeu très populaire là-bas) avec les jeunes de la famille. Puis quelqu'un a monté le son de la musique et on a esquissé quelques pas de danse.

Enfin, l'heure est venue de nous rendre à notre deuxième rendez-vous, je vous le donne en mille : un dîner dans une autre famille. Après des adieux interminables où il fallait poser pour les photos de tout le monde, avec untel et unetelle, puis avec les autres... Avec la nuit tombante, des essaims de moustiques nous tournaient autour. Nous nous sommes précipités dans la voiture de Dasy qui était venu nous chercher.

Une fois chez lui, il a fallu répondre à la question fatidique : « Comment avez-vous trouvé Madagascar ? », faire un récit en accéléré de notre séjour (vous voyez la taille de ce billet, autant dire qu'on devait être vachement sélectifs). Repas familial : gratin de chou-fleur, très bon, et pour une fois c'est pas du riz. On a saucé le plat. Mais là, c'était l'erreur ! Ce n'était que l'entrée ! « Vous ne pensiez pas qu'on allait vous donner que ça quand même ? » Eh oui, jamais de repas sans riz. Donc le riz nous a été servis, et après la journée empiffrage qu'on venait de subir et l'apéro qu'on venait de nous servir, je n'ai pas pu m'empêcher d'être un peu désagréable et de ne pas terminer mon assiette en disant qu'on « avait presque l'impression qu'on voulait nous engraisser. » Mais qu'ils se détrompent, je ne suis pas maigre, ou mal-nourrie. Alors qu'ils arrêtent de me passer le plat, et OUI je suis sûre.
Et en plus, au dessert, il y avait de la glace.
Dimanche 6 septembre
Dernier jour à Madagascar. Dans la maison, il y a une atmoshpère de conspiration, les adieux se préparent, les valises se bouclent. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous chez Nina, une cousine de maman, qu'elle n'a jamais rencontré. C'est étrange. Les gens comprennent qui nous sommes mais ne nous connaissent pas. Ils nous invitent pourtant à leur réunion de famille. Cette famille là est beaucoup plus aisée que celle de mon père. Ce sont des gens qui viennent souvent en France. On s'y croirait. Ils habitent une propriété gardée par des hauts murs et un vigile. Les deux soeurs mariées à deux frères se sont fait construire deux maisons identiques, face à face.

Le repas est digne d'une réception de mariage. Je rencontre le frère et les soeurs de ma grand-mère. La tradition matriarcale est très présente. Je m'en rends compte quand ma grand-tante Danièle que je rencontre pour la première fois prend la parole devant ses frères et soeurs, neuveux, nièces, petits-enfants, brus, gendres, gouvernantes, bébés. Elle nous remercie d'être venus au nom de toute la famille. Même à sa façon de me parler, je sens que je lui dois le respect. Elle n'est pas tout-à-fait familière avec nous et elle a un petit air sévère qui la différencie beaucoup de ma grand-mère, qui lui ressemble pourtant beaucoup physiquement. Je soupçonne qu'elles ont été élevées dans une famille plutôt stricte et loin de la pauvreté.

Entre le déjeuner et le café, nous montons dans une chambre où les jeunes se sont rassemblés. Ce sont des cousins qui plaisantent gentiment entre eux, et qui nous accueillent tout de suite dans leur cercle. Ils nous proposent même d'utiliser Internet. En effet, chose rare, ils ont une connexion chez eux. Je jète seulement un coup d'oeils à mes mails, la machine étant très lente, et remarque que j'ai une centaine de mails attendant d'être lus. Je me dis que ce sera quand même bien de retourner à la civilisation. Nous discutons des études, de musique, de famille... En bas, on nous appelle pour le gâteau.
Nous sommes heureux qu'on ne nous ait pas scrutés en train de manger, au cas où l'on ne finirait pas nos assiettes et cette fois-ci, il nous reste de la place pour manger le dessert. Tout le monde est assis dehors, autour de la table, mangeant sur ses genoux, de manière décontractée. Les gens viennent nous poser quelques questions, sont un peu intrigués de nous voir là. Et puis déjà vient l'heure de rentrer. Notre chauffeur de 4x4, rare luxe que l'on s'est offert pendant ce séjour, nous attend. Avant de partir, mon père prend la parole pour remercier tout le monde de notre accueil. Danièle nous dit d'un air solennel, la main posée sur mon épaule, qu'elle pense beaucoup à notre grand-mère qui n'est pas revenue à Madagascar depuis 20 ans. Je me demande si, et quand je reverrais cette dame.
De retour chez Mamy, la soirée s'annonce longue. Avant notre départ, tout le monde veut passer nous voir une dernière fois, pour nous passer des bricoles qu'ils veulent envoyer en France, et nous dire au revoir. La famille a préparé un vrai festin pour nous. Huit kilos de pommes-de-terre sont destinés à nous faire des frites, ils ont acheté des choux à la crème et des éclairs au chocolat. On nous sert aussi de la charcuterie pendant que les invités défilent.

Marcelle et Narijoana qui nous laissent une lettre pour ma tante, Dasy et Lento qui nous apportent des feuilles de manioc pilées et des boîtes de coloration pour cheveux demandés par une autre de mes tantes, Atzy et Lili qui nous ramènent une valise qu'on leur avait prêtée remplie de vieux vêtements de papa, Toky que nous avions rencontré à Tamatave et ses parents qui nous ramène de la vanille tressée, Tatie Bako qui aide toujours si bien à la maison. Je crois que la nourriture m'a beaucoup marquée pendant ce voyage. Je relève qu'on a aussi droit à du riz gluant aux brèdes en plus des frites.

Il y a de la musique, nous riions tous, nous faisons du hoola hoop sur le balcon, et on voit dans les yeux de nos hôtes qu'ils sont tristes de nous voir partir. C'est émouvant. Demain, il faudra se lever à 3 heures 15 pour être à l'aéroport très tôt. Je blague qu'on ferait aussi bien de ne pas dormir. Mais je tombe finalement de sommeil.
Lundi 7 septembreCe sont les enfants du demi-frère de papa qui s'organisent pour nous accompagner à l'aéroport, dans deux voitures, dont une louée avec chauffeurs. Ils font des efforts énormes alors qu'ils ne roulent pas sur l'or. Nous chargeons nos 8 bagages dans les deux voitures et faisons nos adieux à Noro, Aina et Andrianina. Mamy nous accompagne aussi. Il fait froid et nuit mais déjà, la ville s'éveille, il y a de la lumière derrière les volets, des gens qui marchent sur le bord de la route, même deux types qui font des étirements et que la voiture doit éviter pour ne pas les écraser.

Nous retrouvons l'aéroport où nous avions débarqué, plus de trois semaines auparavant. Il me semble plus familier. Je me sens déjà loin. Une fois le contrôle de sécurité passé, on pourrait être dans n'importe quel aéroport occidental. Nous traînons dans la boutique de parfums, dans celle d'alcool et de cigarettes. Un agent de sécurité de l'aéroport demande discrètement à mon frère d'aller lui acheter une bouteille de Johnny Walker et lui glisse un billet de 50 dollars américains. Il est l'heure d'embarquer. Nous faisons le chemin inverse de notre arrivée et remontons dans l'avion. Le vol durera 15 heures avec une escale de deux heures à Saint Denis de la Réunion, dans un aéroport à deux pas de la mer, au goudron impeccable, au design lumineux et spacieux : retour en France, prévu à 22 heures 55.