Cesso's Playlist

Sunday, January 24, 2010

22 minutes dans la peau d'une rock star


Pour moins d'une demi-heure, j'ai eu l'impression de traverser le miroir en montant sur la scène du Gibus, jeudi dernier.

La journée s'annonçait rock'n'roll et elle a tenu ses promesses. Paradoxalement, tout a commencé pour moi par un examen partiel de linguistique comparée. Quelques questions sur les différences et similitudes entre l'anglais, l'allemand et le français, à rendre en 1h30. La seule différence, c'est que je suis venue en salle d'examen avec ma housse de guitare à l'épaule et que je me suis dépêchée de finir, pour pouvoir courir ensuite au métro et filer vers la station République, dès le dernier point posé sur ma copie. Pas le temps de relire.

J'émerge de dessous la terre au niveau de la place de la République, alors qu'une manifestation de la CGT se termine. Quelqu'un a passé une écharpe rouge autour du cou de la statue. Le temps est étrange et ça me réjouit. On se croirait à la fin d'une belle journée d'été, le soleil balaye les bâtiments à l'oblique et allonge les ombres. Je demande mon chemin à trois gendarmes qui discutent au coin d'une rue. "Juste en face !" J'y vais de ce pas.

La salle du Gibus se trouve rue du faubourg du temple, juste après le Théâtre du Temple, dans une espèce de halle qui aurait pu servir à abriter un marché. Une entrée sombre marquée de l'enseigne argentée du Gibus, sur la gauche. Je m'engouffre dans l'endroit qui semble désert. Au bout du couloir, j'interromps un groupe de 5 personnes du staff en pleine discussion. J'ai un peu peur qu'ils m'engueulent parce que je suis en retard de 15 minutes. Derrière le comptoir, un des types me demande de répéter le nom de mon groupe. 'Bradford Musical'. Il me répond 'Très bien, t'es la première.'

Pendant que le groupe précédent finit son sound check, on s'accorde pour faire le nôtre. J'entends la voix de la fille d'avant et je me dis que de toute façon on est là pour s'amuser.

On monte sur scène pour tester notre son. La grosse caisse fait un bruit énorme qui fait trembler la scène sous nos pieds. L'ingénieur son très sympa nous propose de jouer un de nos morceaux et de nous arrêter quand quelque chose ne va pas. On joue donc A Change Is Coming, la première chanson du set. Pendant ce temps, le groupe suivant commence à arriver, des gros mecs à cheveux longs qui n'ont pas l'air commode. Étrangement, quand le refrain arrive ils remuent la tête comme s'ils appréciaient le groove de la chanson. Un bon signe, sûrement.

L'ingé son nous laisse terminer la chanson. Tout à l'air en ordre. On peut donc remballer les instruments et revenir à la salle vers 20 heures, une heure avant notre passage.

De retour au complet devant la salle à l'heure dite, les premiers spectateurs arrivent. Dans ma poche, le ticket pour une consommation gratuite. A mon poignet, le bracelet qui montre que je fais partie d'un des groupes, davantage pour me rappeler à moi que je ne suis pas qu'une simple spectatrice ce soir. Ma famille et mes amis sont tous là, ou presque. C'est étrange de les voir là, de discuter avant le spectacle. Je commence à me dire qu'il faudrait qu'on descende se préparer.

Le groupe qui nous précède a déjà entamé son set. J'encourage les gens à descendre, pendant que je me rends dans le coin des artistes où tout le monde a entassé en piles distinctes le matériel qui appartient à chaque groupe. Dans la pénombre et sur fond du hard rock joué par le groupe qui défend sa place sur scène, chacun s'accorde, relit la liste de chansons, s'échauffe les poignets. L'atmosphère est étrange. J'ai l'impression d'être observée. En effet, au pied des trois marches qui mènent à notre coin, un groupe de spectateurs s'est posté et m'observe réviser le riff d'Alone que j'entends à peine dans ce bruit, les yeux fixés sur le mur en face de moi.

La set list dans ma poche de gauche, le médiator dans ma poche de droite, je crois que je suis prête. Je rejoins la cellule de crise formée par Gilles qui se tape sur les cuisses avec ses baguettes et Nicolas qui relit encore et encore la set list. Il a même pris quelques notes à la dernière répétition, qui était aussi plus ou moins sa première avec nous.

Dernière chanson de nos prédécesseurs, l'organisateur de la soirée se prépare avec son papier sur lequel il a noté quelques informations sur nous pour nous présenter. Le voilà qui s'élance. On le suit. Avant de monter les quelques marches, je lâche mes cheveux. Ça y est, je suis dans la peau du personnage.

Je me branche, pendant qu'il blablate sur nous, chauffe un peu le public, puis sur un signe de Pierre, la première chanson commence. Essayant de ne pas me dire que je suis devant une centaine de personnes qui m'attendent au tournant et qui se demandent bien ce que vaut cette fille en collants à paillettes à la guitare, je regarde mes mains se placer sans que je les commande, là où elles doivent être pour jouer cette chanson. Je n'ai plus aucun contrôle sur la situation. C'est trop pour moi. Je continue à voir mes mains qui bougent et en plus flou à l'arrière plan, des visages familiers. Ah, je devrais peut-être préciser que je n'ai pas réussi à mettre la main sur ma lentille de contact gauche. Je ne portais donc que celle de droite.

J'ai peu de souvenirs de mon passage sur scène pour être honnête. Je me souviens que je voyais les têtes bouger en rythme pendant la chanson DJs. Je me souviens d'avoir sauté en l'air à la fin de Wait et d'avoir entendu tout de suite après le rire inimitable de Baptiste dans le public. Et c'était déjà la fin de l'avant-dernière chanson. Et puis c'était déjà fini.

De retour dans le public pour recevoir les fleurs et les compliments (bon d'accord, pas les fleurs), j'étais redevenue une fille dans la foule. Même avec les collants toujours sur moi, je n'avais pas l'impression de briller plus que les autres. J'ai juste été dans la peau d'une rock star pendant 22 petites minutes.

Sunday, January 17, 2010

Bonne année

Nous voici donc en 2010. Plus qu'une année qui commence, c'est une nouvelle décennie qu'on entame. C'est le moment des bonnes résolutions. C'est aussi là qu'on regarde en arrière.

Les « noughties », première décennie dont je puisse me souvenir dans sa totalité.

Il y a 10 ans, j'en avais 12. J'étais probablement dans ma chambre en train d'écouter pour la millionième fois l'album en anglais de Lara Fabian, en écrivant dans mon journal intime que j'étais terrorisée à l'idée d'aller à mon cours de piano du vendredi soir. Je dis « ma » chambre, mais c'était aussi celle de ma soeur, forcément insupportable à cette époque plus qu'à aucune autre.

Et en effet, je n'avais accès qu'à un seul nouvel album tous les 6 mois. C'était à l'époque où on allait faire les courses à l'hypermarché avec Maman seulement pour pouvoir la laisser faire les achats et passer trois quarts d'heure au rayon des CD avec le gros casque sur les oreilles. Et dans les rares jours d'audace, on déposait discrètement l'album de notre choix parmi les tomates et les yaourts en espérant que personne ne le remarque et le dépose tout simplement sur le tapis avec les autres achats. C'était à l'époque où les CD valaient environ 100 francs, et étaient donc un luxe puisque leur montant s'écrivait en trois chiffres.

A cet âge là, on peut dire que j'étais plutôt mal dans ma peau. Ou sans doute juste mal-à-l'aise vis-à-vis de mon apparence. J'avais un physique de gamine et pourtant je me sentais mature et réfléchie, ce dont je me convainquait en écrivant dans trois journaux intimes différents, comme si j'étais bien trop spirituelle pour me contenter d'un seul.

Je prenais des cours de piano, pour ce que je savais être la dernière année. J'avais une pointe de crise d'adolescence qui commençait à se développer et je ne supportais plus de jouer d'un instrument qu'on m'avait forcé à choisir. C'était déjà une petite démission que d'être passée des cours au conservatoire au cours chez un prof qui me faisait jouer la musique de la série « La famille Adams ». Ce n'est pas que je n'aimais plus le piano, mais avoir chaque semaine des comptes à rendre à un professeur, sentir son regard qui juge le moindre mouvement, qui reconnaît la moindre hésitation, à un âge où le regard des autres est déjà pesant, c'était peut-être un peu trop.

A 12 ans, j'étais impatiente de passer en quatrième pour commencer à étudier l'Anglais en deuxième langue vivante. En attendant, je m'entraînais en écoutant Lara Fabian, qui me permit d'apprendre que le mot « sky » voulait dire ciel. Et je rêvais. Je disais le mot « sky » dans ma tête et je regardais le ciel, je regardais le « sky » et je disais ciel.

Il y a peu de choses dont je me souvienne de cette année précise, en dehors de cela. Je retrace souvent les années passées au fil des albums achetés, seulement ça devient plus flou lorsque l'ADSL et le téléchargement font leur apparition. Voilà quelque chose qui a beaucoup changé ma vie lors de la dernière décennie. Mais j'en ai déjà parlé dans un autre blog. Oui, tiens les blogs, encore une invention qui a rythmé mon adolescence. J'ai encore un souvenir cuisant de mon Skyblog dans lequel j'avais fait l'apologie d'Avril Lavigne au détriment d'Emma Daumas (qui soit dit en passant n'était qu'un copié-collé pour la France, honteux). Puis ça m'avait passé et j'avais annoncé la mort de la chanteuse canadienne pour symboliser mon passage à une autre idole. Il y avait eu aussi pas mal de scandales à cause des blogs au lycée, notamment un qui insultait des professeurs, pensant qu'ils n'y accéderaient jamais mais que tous les élèves iraient le lire.

De mon adolescence, je me souviens de la folie passagère qui m'avait poussé à acheter des chaussures de skate dans un magasin ridicule à Bastille, où les vendeurs tutoyaient tout le monde, même les parents fortunés des jeunes venus refaire leur garde-robe le temps d'une saison. Je n'avais même pas de skate.

Je me souviens de ce jour mémorable de terminale où j'ai dit à ma mère que je sècherai les cours pour aller voir un concert d'Avril Lavigne au Zénith. Le lycée lui avait téléphoné, constatant mon absence, et elle leur avait dit que j'étais malade.

Je me souviens d'avoir vécu les derniers instants du Discman, celui sur lequel on ne s'autorise que 15 chansons que l'on doit subir toute la journée, jusqu'à ce que les piles lachent. Et je me souviens de celui que j'écoutais dans ma chambre, un peu plus jeune, dans le noir, couchée sur le dos, attendant une larme qui ne voulait pas venir.

Je me souviens de Romuald, dont je n'étais pas sûre de bien connaître de visage et dont j'ai attendu pendant toute l'année de revoir dans la cour, pour me confirmer que ce n'était pas quelqu'un que je connaissais qui était mort.

Je me souviens de n'avoir pas cru ma petite soeur quand elle m'a annoncé un mardi soir que les dessins animés étaient remplacés par un reportage spécial, parce qu'un avion était rentré dans un gratte-ciel à New York.

Je me souviens de m'être vue grandir tout d'un coup, de ne plus trouver étrange que l'on me vouvoie dans les magasins de chaussures, de trouver le contraire étrange, de m'être fait appeler Madame pour la première fois, d'avoir failli perdre ma virginité à plusieurs reprises, d'avoir l'impression de mieux comprendre le monde soudain, de façon un peu douloureuse, de commencer à avoir une conscience précise des années qui passent après mon premier long séjour en Angleterre en juin 2007, de devenir celle que je n'osais pas rêver devenir.

Voilà 10 ans que j'ai attendu que les choses commencent à se concrétiser, d'avoir enfin une prise sur mon existence, et je constate aujourd'hui que j'y suis arrivée. Pour les 10 années à venir, je ne peux qu'espérer de mener mes projets à bien, ceux que j'ose un peu plus formuler et dans lesquels je m'engage lentement mais sûrement.
Et bonne année 2010 à vous !

Thursday, December 10, 2009

Obsédée, moi ?

Que se passe-t-il dans ma vie en ce moment ? Faites pas genre, vous êtes là pour le savoir, non ?

Il se passe que je bassine tout le monde avec mes histoires de groupe. Je ne parle que de ça, ça m'obsède, j'en rêve même. Je suis l'évolution sur Facebook et MySpace, dès que le nombre de fans sur Facebook augmente je regarde qui sont les derniers inscrits. Je suis en train de réfléchir à un moyen de nous promouvoir par YouTube, en envoyant des mails à des utilisateurs assez connus qui publient des vidéos régulièrement, pour parler de l'actualité ou de leur vie sur des vidéo-blogs. J'ai déjà contacté Nerimon et Italktosnakes. Bon, pas de réponse. Ils sont peut-être trop connus. Mais je suis sûre que ça peut marcher, si on développe l'arsenal adéquat ! Ca peut plaire, et on est bons ! Il faut provoquer ce déclic ! Alors, si quelqu'un a une idée de génie, je suis à l'écoute !

On the catwalk


Le parc de la Villette la nuit.

Tuesday, November 10, 2009

Efterklang à la Maroquinerie

La semaine dernière, j'ai assisté au concert d'un des meilleurs groupes que j'aie jamais connus, tant au niveau musical que visuel, à savoir Efterklang, groupe danois, peu connu à en juger par la petite salle de concert à moitié pleine. Et pourtant, ce groupe mériterait qu'on s'y intéresse.

Ce soir là, ils étaient précédés par deux groupes, eux-aussi de style électro-acoustique, qui m'ont fait réfléchir à la traduction de "première partie" en Anglais : "supporting act". Comme si c'était les petits groupes qui "soutenaient" les grands, comme si sans eux ça n'aurait pas été possible, ou en tous cas difficile. Mais dans ce cas, l'expression était tout-à-fait justifiée. Si ces deux premiers groupes n'avaient pas été si prodigieusement ennuyeux et rébarbatifs, je n'aurais pas tant apprécié l'inventivité et la vivacité du set des Efterklang.

Nous sommes arrivés dans la salle au sous-sol après un passage au bar, très sympathique, du rez-de-chaussée. En bas, l'ambiance était complètement différente, dans la pénombre, les gens étaient assis par terre, face à la scène, où une fille assise sur une chaise pliante, le dos courbé sur une guitare, poussait une plainte dans un micro, pendant que son acolyte, sans doute rendue obèse par l'effort, tapotait sur un Mac pour en sortir des sons ambiance film d'horreur à petit budget (booooonnnng, *choeur de femmes au synthé qui fait ahhhh*). C'était le silence complet dans le public, même pas deux qui se chuchottaient à l'oreille, ça me rappelait mes auditions de piano où personne ne bougeait jusqu'à la dernière résonnance de la note finale.

Pendant quelques minutes, les deux ont continué leur manège. La fille à la guitare et au chant usait et abusait de sa pédale pour créer des boucles de sons et en rajouter des couches, dans tous les sens du terme, pour étoffer sa musique et tenter de lui donner une profondeur qu'elle n'avait à mon avis pas. L'autre pianotait sur son clavier ou sur un synthé. Quand j'ai ouvert les yeux, c'était fini.

Puis, la deuxième première partie donc, est arrivée sur scène. C'était deux mecs qui trimballaient chacun une énorme valise remplie d'effets et de pédales qu'ils ont posé aux pieds de leur chaise (décidément, encore un truc assis), et une guitare. Je me suis dit que ça allait être intéressant de les voir utiliser tous leurs effets en direct. Au début, oui, un peu. Mais le principe était en fait le même que pour le premier groupe et le même pendant la demi-heure qu'a duré leur set, composé de deux moments musicaux, distingués par le silence qu'ils ont observés entre eux, mais pareils du tout au tout par ailleurs : on prend un instrument, on en joue pendant 8 mesures devant le micro, on le pose, on en prend un autre, on joue, on le repose, ainsi de suite, le tout jusqu'à obtenir un mur de son où plus rien n'est reconnaissable, à 120 décibels environ, puis retirer chaque son un à un avant que le tympan n'explose. Là, j'ai passé la moitié du temps avec les doigts dans les oreilles.

Quand ils sont enfin partis, la salle s'est rallumée et les gens se sont enfin levés et resserrés au milieu de la salle. Ce que j'aime à la Maroquinerie, c'est le côté "comme à la maison" de la salle. Ce sont donc les musiciens eux-mêmes qui installent leur instruments, puis qui reviennent sur scène avec d'autres vêtements comme s'ils étaient devenus quelqu'un d'autre, comme s'ils se déguisaient en entrant sur scène pour jouer, ou alors justement qu'ils retiraient leur déguisement, comme on veut. Je me suis amusée à compter le nombre d'hommes en chemise à carreaux dans le public : une quinzaine.

Le noir s'est fait et ces géants danois sont entrés en scène. La différence avec les autres groupes était flagrante : beaucoup plus d'instruments organiques sur scène, bien qu'une grosse console où trônait un autre ordinateur dont le logo brillait dans le noir occupait tout le fond de la scène, des micros hauts perchés dénotant la position debout, un vrai set de batterie et en plus deux fûts près du micro du chanteur, sur lesquels on reconnaissait le visuel géométrique et coloré typique du groupe dans la décoration à grands chevrons jaunes et verts. Le groupe a donc eu le grand mérite de combiner en live les instruments joués en direct et les sons électroniques produits par le geek à lunettes du fond. Ils ont sû injecter une grande énergie et beaucoup d'émotion, là où les autres se sont laissés prendre au piège des machines. Il y avait une belle cohésion entre les membres du groupe, qui riaient entre eux, charriait un peu la claviériste parce que c'était un de ses premiers concerts avec eux, et aussi beaucoup de communication avec le public.




Je suis tombée raide dingue du chanteur qui a un visage très expressif, une belle voix, et qui en plus a la classe de pouvoir jouer des percussions en chantant, sur des rythmes pas toujours évidents. Il circulait aussi sur le plateau pour donner un coup de cymbale bien senti sur la batterie à sa gauche, ou partageait ses percussions avec le violoniste qui venait taper de temps en temps. Les 6 musiciens sur scène était en effet tous multi-instrumentistes : on voyait le bassiste se mettre dos à la scène pour tapoter sur un petit clavier, le batteur se lever pour jouer de la trompette, le violoniste qui quand il ne chantait pas la bouche grande ouverte maniait le clavier comme les clochettes... Tout cela pour créer une musique subtile, nappée de petites mélodies au piano ou synthétiques, de rythmes entraînants, de chants en anglais à brailler si seulement on comprenait les paroles, égrenée de claquements de mains orchestrés par le chanteur qui nous fait même signe quand il faut s'arrêter histoire de ne pas se retrouver comme un con à claquer des mains dans le vide, de coups de grosse caisse partout où on ne s'y attend pas, qui forment un tout cohérent, rêveur, magique, peut-être un peu trop gentillet par moments, mais qui nous emporte toujours dans son enthousiasme.



A noter aussi l'utilisation de courts moments de silence au sein même d'une chanson pour créer le suspense. D'autant que ce silence était de qualité dans une salle peu remplie et entièrement dévouée à la musique du groupe : la fille d'à côté m'a regardé d'un mauvais oeil quand j'ai commencé à taper des mains alors qu'on ne nous l'avait pas demandé. Alors quand lors de l'un de ces silences, un projecteur s'est mis à clignoter en faisant un bruit de ferraille, tout le monde a pouffé de rire. Ces dans ces moments là qu'on mesure la complicité entre un groupe et son public, et c'est ça qui fait plaisir !

A 23 heures, nous sommes ressortis de la salle de concert en nous disant qu'on faisait maintenant partie des élus qui avaient assisté à un concert d'Efterklang, mais nous n'avons pas pu en parler plus, de peur de laisser la magie s'échapper trop vite par les mots.


Le site officiel d'Efterklang

Sunday, October 18, 2009

Ca me bloque

J'étais partie du principe que personne ne lisait mon blog et ça me donnait un sentiment de liberté, j'avais l'impression que tout m'était permis, que j'avais le droit de tout dire, comme quand on se livre à un inconnu, bien plus facilement qu'à un ami ou à un membre de sa famille. C'est comme s'il y avait quelqu'un qui lisait par dessus mon épaule au moment où j'écris. Comme mon père en ce moment même qui rentre dans ma chambre comme ça, en donnant un coup sur la porte, pour se dédouaner du fait qu'il est rentré sans que je l'y invite. Non, t'as pas frappé, et je t'ai pas dit d'entrer. Mais il est là, il passe, il ouvre des portes, range des trucs, traîne, relève quelques détails, qui sait ? Mais contrairement à ma chambre, le principe même du blog c'est d'être lu, non ? Oui, mais... Pas par tout le monde... Ou peut-être que si ? J'écris bien pour quelqu'un ?

J'ai envie de continuer ce blog, et pour que ce soit possible, je dois continuer à tout raconter. Vraiment tout. Enfin, tout ce qui me fait réagir, et ce sont souvent des choses qui blessent, ou des choses méchantes, ou des choses osées. Ben, voilà, j'ose.

Si je pars tout de suite dans cette logique, cette fois-ci, je l'ouvre non pas pour faire ma langue de vipère, mais pour faire un peu ma mijaurée... Ca va parler chiffon : j'ai trouvé un spécimen rare de mâle modeux, mais pas trop. Et dans la vraie vie ! Alors là, il y en a qui ne vont pas du tout suivre s'ils - oui bon, elles, ne sont pas des lectrices assidues de... Elle, justement. Les mecs, dans un idéal absolu, ils prendraient soin de leur apparence, comme les filles, mais pas plus. Ils auraient un style, une conscience de la coupe, des couleurs, et puis un mode de vie branché, ouvert, un peu rock and roll mais tout au fond un peu gendre idéal. Bon, vous voyez Johnny Depp?

Sauf que JD, c'est fini, il n'a plus d'actu, il est passé à la trappe... La relève, et si vous le savez topez-là, c'est Jamie Hince. Okay, ça ne vous dit rien, c'est normal. Peut-être si je vous dit que c'est le nouveau copain de Kate. Ben, Kate Moss, évidemment... Bon, ça ce précise là ? Et puis c'est aussi la moitié du duo The Kills, pour le coup bien rock.



Pour moi, c'est le mec qui a réussi le prodige de rester très masculin tout en portant des jeans slims, des bottes et des foulards. Ca vous dirait pas, vous, un mec à qui vous pourriez emprunter son écharpe d'artiste qui sent l'homme ou sa veste d'officier super classe qu'il porte avec nonchalance ? Ca sent le mec qui a investi dans quelques bonnes pièces pour sa garde robe et qui en pioche une ou deux tous les jours à assortir avec ses basiques. Effortless chic. Bon, donc, il y a Jamie Hince. Mais il y en a UN autre aussi, c'est le nouveau (actuel ?) batteur de notre groupe à nous, Bradford Musical (et par une pirouette littéraire, je vous annonce que le groupe n'est pas mort et qu'on a trouvé un batteur qui déchire).

Oui, un pour de vrai, comme dans les magazines, mais pour de vrai ! Avec la veste d'officier à boutons dorés, avec la chemise bûcheron, et le reste. Gilles, je suis fan de toi ! Et si j'étais horriblement calculatrice et superficielle, je dirais que c'est bon pour notre image de marque de vendre ce type comme le Jamie Hince français, comme on aime tant faire ces trucs là, "à la fwançaise"... que ça attirerait les modeuses (oui, je sais que ce n'est pas juste moi, j'ai une intuition.) Bref, ça ferait coup double, triple : un batteur stylé ET trop cool ET super bon. En vrai, hein (comme dit Diam's) c'est une trop bonne idée. Attends, je viens de me décrédibiliser en citant Diam's là.

Tout ça pour dire que y en a pas que dans Elle, des mecs à la page, ils existent aussi dans la vie de tous les jours. A moins que je ne vive plus dans cette vie là et que je soit passée de l'autre côté du miroir, c'est à voir !

Saturday, October 03, 2009

Le voyage à Madagascar




Tout voyageur part avec dans ses bagages des préconceptions sur le pays qu'il va visiter et sur la façon dont les choses vont se dérouler. L'expérience en elle-même a pour but de bouleverser ces idées, et les meilleurs voyages sont sans doute ceux qui ne ressemblent pas à ce qu'on avait prévu. Du moins les plus mémorables.

C'est un de ces voyages que je viens de vivre. J'étais partie en me disant que je serais une étrangère comme les autres sur cette terre inconnue, une vazaha. Madagscar s'est révélée bien plus familière que ce que je croyais. En cotoyant ces gens qui physiquement me ressemblaient, dont les coutumes, les valeurs ne m'étaient pas inconnues, je me suis rendu compte que j'avais bien plus de la culture malgache en moi que ce que je pensais. Je ne comprends ni ne parle le malgache, mais ses sonorités étaient loin de m'être inconnues, pour les avoir entendues toute ma vie lors des nombreuses réunions de famille du côté de mon père.

La cuisine malgache n'avait rien de surprenant : du riz comme féculent unique, à tous les repas, peu de légumes, de la viande en sauce, cette cuisine peu raffinée, pauvre en nutriments qui m'agaçait tant à la maison quand mon père était aux fourneaux. Mais ce voyage m'a fait comprendre à quel point le mode de vie de mon père est influencé par ses origines malgaches, encore une fois lors des repas par exemple, lorsqu'il se sert toujours la viande dans une assiette différente : c'est dans les petites gargottes au bord de la route dans lesquels nous avons aterri que j'ai vu que cette habitude était considérée comme la norme à Madagascar.

J'ai l'impression d'avoir appris des choses sur moi-même et sur notre famille grâce à ce voyage. Surtout sur mon père. Et aussi sur la culture malgache qui, que je le veuille ou non, fait partie de moi. Avec mon frère, nous nous amusions à relever les habitudes des malgaches qui semblaient se répéter partout où nous sommes passés, et auxquelles nous avons été confrontés grâce à de nombreuses heures passées dans les taxis-brousse. Leur façon de conduire, leur manie de klaxonner à tout va, leur tic de manipuler les billets, leurs goûts musicaux presque uniquement portés sur les chansons d'amour francophones et anglophones que l'on trouve si ringardes en occident et sur le folklore malgache, leur façon de siffler sans cesse même pour communiquer, le fait qu'ils balaient souvent, même la rue, même la terre, même le sable... Toutes ces petites choses que nous retrouvions plus ou moins dans le comportement de mon père, ces choses un peu étranges et énervantes sont celles qui finalement nous rappelaient notre quotidien français dans ce pays lointain.

Le dépaysement s'est surtout fait sentir quand il s'agissait du confort et de la modernité. On nous avait prévenu que la pauvreté était omniprésente. Nous n'avons été que très rarement vraiment choqués mais il est vrai que le niveau de vie est bien inférieur à la France. Certaines routes défoncées, les taxis vieux de plus de 20 ans, peu de voitures neuves en général, rarement de l'eau chaude même dans les bungalows de vacanciers, les toilettes à la Turque, l'eau non potable, les enfants qui marchent pieds nus dans la rue, leurs vêtements couleur poussière déchirés, les adultes aux sourires troués, l'odeur des gens qui m'est devenue si familière : un mélange de crasse, de sueur, d'excréments, et d'orange que l'on vend dans la rue. Mais comment peut-on se laver quand il n'y a pas l'eau courante chez soi ?

Il y a les gens très pauvres, que la classe moyenne moyenne malgache regarde parfois avec peur, dégoût ou pitié, et enfin les très riches comparés au reste, qui voyagent beaucoup en dehors de Madagascar, ne prennent jamais le taxi-brousse ou le taxi-be (moyen de transport urbain constitué de mini-vans japonais dans lesquels le moindre espace est optimisé), se font construire des maisons dans des domaines entourés de hauts-mur, protégés par des gardiens, qui ne semblent pas se soucier du reste. Je généralise bien sûr, qu'est-ce que j'en sais après moins d'un mois là-bas, mais je me sers de cette description subjective pour donner rapidement une image de la population malgache telle que je l'ai vue.

Cependant j'ai vu énormément de choses durant ce voyage, c'est pourquoi je vais maintenant passer au récit chronologique des évènements.

Nous sommes arrivés à Antananarivo, capitale de Madagascar, le 13 août à 9h30, après un voyage de 13 heures commencé la veille et une escale sur l'île malgache de Nosy Be. Les premières images que nous avons eue de Madagascar avaient quelque chose d'iréel, comme si nous étions en train de regarder un énième documentaire sur l'île, que mes parents ne manquaient jamais à la télé. Tout près de la piste de décollage, séparés de nous par le hublot de l'avion et un grillage, des enfants nous regardaient, ou plutôt regardaient l'avion près à repartir. Une fille portant un panier sur la tête, un garçon sur un vélo, et un zébu à leurs côtés. Un vrai cliché.

Nous avons été accueillis à l'aéroport par un ami de mon oncle et ma tante qui nous a fait passer rapidement au contrôle de la frontière. Après une attente parmi les voyageurs pour retrouver nos 11 bagages (!), nous nous sommes dirigés vers la sortie pour être réceptionnés par la famille qui devait nous héberger. Entre temps, une jeune fille souriante nous a distribué des cartes SIM Orange gratuites. Nous ne faisions que commencer à voir l'influence des compagnies de téléphone à Mada.

Lorsque Mamy, notre hôte, est venu à notre rencontre, je me suis souvenu que les malgaches n'étaient pas en général très grands.Nous nous sommes fait les bises habituelles, une petite fille est venue vers nous aussi dont je n'ai pas tout de suite saisi le nom, puis s'est présentée la grand-mère, la tante, une autre fille, plus âgée, un garçon à lunettes. Pressés hors du petit aéroport par des voyageurs nerveux, nous avons continué les présentations sur le parking.

Je n'ai pas compris que les types qui mettaient les bagages dans le coffre n'étaient même pas des amis de la famille mais des gens qui voulaient qu'on leur donne de l'argent en échange de leurs services. Ils se sont tournés vers mon frère la main tendue, le regard oppressant, mais tout ce qu'il avait à donner, c'était 50 centimes d'Euro. Ils sont partis vers une autre famille.

Ce jour là, nous avons fait connaissance avec la famille, dans leur maison éloignée du centre de la capitale, appris que les enfants avaient 3 ans de plus que ce que leur taille ne laissait croire, et que tout le monde était déjà très généreux et attentionné. Ils nous ont laissé nous reposer l'après-midi. Plus tard nous avons joué à un jeu de société qui faisait découvrir les différentes régions de Madagascar sur le toit terrasse. La nuit tombait vite, vers 6 heures et le vent se levait. Il a fallu commencer à s'adapter au rythme malgache, à la longue attente dans la nuit pour l'heure du repas, à la fatigue qui frappe à 20h30 et qui pousse à se coucher aussitôt.











Vendredi 14 août
Le lendemain, nous avons pris notre premier taxi-be pour aller au zoo de Tana. Ce fût un zoo assez petit, qui avait l'air de survivre grâce à diverses donations des Etats-Unis, de l'Allemagne et du Japon. Un zoo, de toute façon, c'est toujours triste. J'ai vu des animaux que l'on ne trouve qu'à Madagscar dont j'ai oublié le nom. Je me souviens surtout du petit fosah qui se léchait les pattes d'un air mesquin, tout seul dans une grande cage, à côté d'un tas de plumes bleu-gris. Et aussi de la fiente d'oiseau que j'ai reçue sur le bras en passant sous un grand arbre dont j'aurais dû me méfier parce que le sol autour du tronc était couvert de guano.

Nous sommes passés par notre tout premier magasin d'artisanat malgache pour acheter des chapeaux, et c'est ainsi que j'ai pû me familiariser avec la monnaie malgache : l'ariary (1€=2700ar). Nos chapeaux nous ont côuté 4000 ar. chacune, ce qui fût ma référence pour le reste du voyage. D'ailleurs ces chapeaux nous ont aussi encombré pendant tout le reste du voyage puisqu'on ne pouvait pas les plier, de peur de les abimer.

A midi, nous avons décidé de manger au restaurant du zoo, et c'est avec une légère paranoïa que nous avons choisi la viande de boeuf plutôt que celle de porc, avec notre riz. J'ai retrouvé le goût de la boisson « Bonbon Anglais » et goûté pour la première fois à la THB, Three Horses Beer, qui a presque un goût d'eau.

Samedi 15 août
C'est pratiquement au jour le jour que nous découvrions ce qui était au programme pour la journée. Mon père avait choisi ce jour pour aller voir le palais d'été d'Ambohimanga, un peu plus au nord de la capitale. Nous avons pris un taxi pour nous rendre sur l'une des nombreuses collines du paysage malgache des hauts-plateaux, pour découvrir ce palais construit au XIXème siècle dans un style colonial. Nous avons commencé à apprendre la généalogie des rois et reines de Madagascar, et à retenir leurs noms, en commençant par celui d'Andrianampoinimerina (on ne se moque pas!) qui fût le premier roi de l'ethnie Merina (également la nôtre) ayant cherché à unifier le pays. Nous avons profité d'une guide qui nous a expliqué les rituels de ce roi, notamment sa constante méfiance et sa peur d'être assassiné.



Sur le chemin du retour, nous avons traversé quelques grands villages séparés par des rizières dans lesquelles se reflétaient le ciel. C'est une des belles choses que l'on a vu là-bas.




Dimanche 16 août
Ce jour-là a été le seul où nous sommes allés à l'église, jour pour lequel on avait prévu de porter des vêtements élégants puisque les malgaches mettent vraiment en pratique le mot s'endimancher. Après une dispute entre Perrine et Papa sur sa robe qui traînait par terre, nous sommes partis en taxi Quatrelle pour les hauteurs de Tana, pour assister au culte dans l'église familiale de mon père : Ambohitantely.


Après un culte d'un ennui mortel, tout en malgache évidemment, et seulement un cantique que nous connaissions vaguement, nous nous sommes dirigés à pied vers le palais royal en travaux. Il nous était impossible d'y entrer mais un type nous a approché, d'abord en commençant à nous parler malgache, puis voyant nos têtes confuses, continuant en très bon Français, nous a expliqué que nous pouvions le voir en en faisant juste le tour. Nous pensions qu'il ne voulait que de l'argent et qu'il allait nous coller pendant toute notre visite, mais nous avons compris plus tard que c'était un vrai guide, malgré ses vêtements dépareillés et légèrement trop chauds comparés aux nôtres.

Nous l'avons donc suivi et grâce à lui, nous avons pû repérer divers éléments du paysage en contrebas, découvrir différentes espèces végétales aux abords du palais, connaître l'histoire de ce bâtiment brûlé en 1995 par on ne sait qui, et dont certains éléments ont pû être sauvés et transférés dans le palais du premier ministre, devenu musée, un peu plus bas. Florent a insisté pour visiter le musée, malgré un rendez-vous avec le frère d'une tante pour une distribution de médicaments. La visite du musée s'est avérée encore plus enrichissante, où nous avons pû replacer nos quelques connaissances de la royauté malgache et voir les quelques insignes de la royauté restants comme un trône, un sceptre, une couronne, du mobilier royal...



Après cette visite, le guide nous aproposé de faire le tour de Madagascar en 5 minutes et nous a emmené dans la cour du bâtiment. Là il y avait des briques alignées de la forme de l'île et 5 différentes sortes de cases construites pour montrer la diversité des habitations humaines. Certaines étaient faites de briques rouges recouvertes de crépit, d'autres tressées de palme, d'autres sur pilotis... C'était donc l'occasion pour nous de découvrir le talent des artisans malgaches. Nous avons payé le guide avec plaisir, et nous nous sommes dépêchés de trouver un taxi pour nous conduire à l'adresse de cet oncle éloigné.

En arrivant devant le concessionaire auto au-dessus duquel lui et sa famille habitait, j'ai constaté pour la première fois les inégalités de ce pays, vu le bel appartement dont l'atmosphère digne donnait l'impression qu'ils avaient habité là bien longtemps et que c'étaient des gens respectés. Il y avait des peintures au mur dont j'ai appris plus tard qu'ils étaient l'oeuvre de la maîtresse de maison, et une ambiance sereine très agréable. Ces gens-là étaient aussi très sympathiques et enthousiastes, mais avec un côté plus occidentalisé que la famille chez qui nous vivions, un Français clair et précis, presque trop pour être vrai, sans accent. Papa a discuté avec eux de son projet de voyager vers le sud et de prendre le train entre Manakara et Fianarantsoa. Marcelle lui a conseillé d'inclure les sources chaudes de Ranomafana dans notre périple. Et c'est son mari qui nous a emmené à la gare routière dans son petit 4x4 pour que nous réservions notre voyage du lendemain.

Lundi 17 août
C'est là que la vraie aventure commence. Papa avait prévu de prendre le taxi-brousse (un peu plus confortable que le taxi-be) pour Ranomafana en fin d'après-midi. Ce voyage de plusieurs centaines de kilomètres vers le sud, sur des routes sinueuses mais heureusement goudronnées était censé nous déposer à destination vers 6 heures du matin, où nous pourrions trouver un hôtel où poser nos affaires et nous reposer un peu.

Le voyage en taxi-brousse de nuit a été ponctué par des crises de panique de mon père dès que la voiture ralentissait. Le chauffeur racontait que son véhicule avait été pris en embuscade une fois par des bandits et qu'ils avaient soutiré tout l'argent à bord ainsi que les objets de valeur, en ajoutant les détails croustillants : ils avaient menacé une femme qui n'arrivait pas à retirer sa bague que si ce n'était pas réglé dans la demi-heure ils couperaient la main ! Du coup, papa était sur le bord de son siège à scruter l'obscurité, murmurant à ma soeur aux barrages de police fréquents que c'étaient peut-être des faux gendarmes.

Après avoir mangé dans notre premier restaurant étape, j'ai été prise de mes premiers maux de ventre. Sûrement à cause de l'eau de riz qu'on nous a servie dans des bols, avec des restes de grains brûlés qui donnaient un goût de café. Je pensais qu'il était sans risque de boire quelque chose qui avait été bouilli. De retour dans la voiture, les douleurs étaient vraiment perçantes, je sentais mes entrailles s'agiter, le froid n'arrangeait rien. La deuxième partie du voyage fût très désagréable.

Plus tard, alors que la nuit était d'un noir d'encre, le taxi s'est arrêté sur le bas-côté. On distinguait à peine l'enseigne d'un hôtel à travers la buée de la vitre. Le chauffeur a crié « Ranomafana ! ». A moitié endormis, nous nous sommes dépêchés de sortir de la voiture, sous le crachin, dans le noir presque complet, nos valises en tas à nos pieds. Nous étions les seuls à descendre là. Désorientée, je demandais l'heure à Perrine. 3 heures du matin.

La panique. Rien n'était ouvert, les portes ne s'ouvraient pas lorsque l'on y frappait, il n'y avait qu'un lampadaire dans ce qui semblait être un tout petit village. Nous ne savions pas où aller, nous n'avions pas d'hôtel, les numéros de téléphone du guide ne fonctionnaient pas. A ce moment, nous, les trois enfants, nous sommes ligués contre mon père, grommellant entre nous que tout était de sa faute, qu'il n'avait rien prévu, que de toute façon on ne voulait même pas venir dans ce pays, et qu'en plus il était insupportable.

Pendant ce temps, il est parti plus loin dans le village, entendant un bruit de moteur. Après quelques minutes, il est revenu en disant qu'il avait trouvé quelqu'un qui louait un bungalow familial, un peu cher mais mieux que rien. Nous l'avons suivi, doutant encore de la suite. Nous marchions derrière le gardien de l'hôtel qui nous guida dans la nuit jusqu'à la porte d'une petite hutte, qui si on en croyait le bruit, se trouvait près d'un cours d'eau.

C'est avec soulagement que nous avons que la chambre à trois lits étaient correcte, confortable, paisible, et qu'il y avait même des moustiquaires accrochées au-dessus de chaque lit. Nous nous sommes donc endormis presque tout de suite, épuisés par ces émotions.

Mardi 18 août
Le lendemain, je me suis réveillée, sentant que papa était déjà sorti explorer le village. Je me suis habillée et intriguée par le bruit d'eau, je suis sortie. La vue était belle et mystérieuse.










Après un petit-déjeuner décevant, nous avons été pressés par mon père pour nous rendre à la piscine d'eau chaude naturelle. Marchant à travers le village, sous une pluie fine, croisant des enfants qui jouaient à se lancer de la boue, puis après avoir traversé un pont de misère remplaçant celui qui avait été compètement plié par un récent cyclone, nous avons appris que les bassins étaient réservés aux malades le mardi...

Nous avons ensuite décidé de visiter le parc naturel national qui se trouvait à 8 kilomètres, plus haut sur la montagne. Nous avons donc pris le seul taxi du village, une Peugeot 504 rouge. Le chauffeur était plutôt jeune et avait tendance à rire pour diluer la tension quand mon père s'acharnait à essayer d'attacher une ceinture de sécurité qui n'avait pas dû être utilisée depuis 10 ans. La surprise au premier démarrage : le chauffeur déserre le frein à main, passe la deuxième, laisse la voiture descendre doucement la pente et cahoter pour se mettre en route. Pas de démarreur donc. Il faut aussi remplir le réservoir d'essence qui se trouve dans le coffre à l'aide de bouteilles en plastique qu'il fait remplir à la cabane-magasin à la sortie du village. L'odeur de carburant empeste la voiture et asphyxie celui ou celle qui se trouve à gauche sur le siège arrière. Heureusement, pensons-nous, ce n'est que pour ces quelques kilomètres.

Arrivés à l'entrée du parc national, nous sommes reçus par un guide malgache, parlant un mélange de Français et d'Anglais. C'est parti pour une balade de 3 heures dans la forêt tropicale. Ce n'est pas exactement la jungle mais ça y ressemble. Il y a juste les chemins balisés en plus.

D'emblée, notre guide nous informe que dans cette chaleur humide, il y a des petites bêtes que l'on appelle sangsues, aussi petites que des brindilles mais qui s'accrochent à la peau et sucent le sang pour devenir aussi larges que le petit doigt. Du coup, Perrine rentre son pantalon dans ses chaussettes.

Sur le chemin nous avons vu diverses variétés de faune et flore endémiques de Madagascar, dont trois sortes de lémuriens. Il fallait sortir des chemins balisés et grimper sur des côtes boueuses, et forcément, je suis tombée, deux fois, sur les fesses. Ca a bien fait rire mon frère et ma soeur.












Après la randonnée, nous décidons de ne pas rester dans ce tout petit village et de passer à la ville suivante du parcours : Manakara, sur la côte Est de Mada. Pour y arriver, on nous dit qu'il y a des taxi-brousse au départ du village d'Irondro, un peu plus loin. Du coup, le chauffeur du taxi de Ranomafana se propose de nous y emmener.

Après négociation habituelle des prix, nous remontons dans le taxi. Le temps que le taxi refasse un plein, traverse quelques villages minuscules, écrase un poulet en roulant trop vite dans une descente et rigole pour nous détendre, la nuit commence à tomber. Nous roulons plusieurs kilomètres entre les montagnes sur des routes sinueuses bordées de ravinala, arbre symbole de Madagascar ou arbre des voyageurs qui récupère l'eau de pluie et fournit de l'eau potable aux voyageurs égarés.










Il fait nuit quand nous arrivons à Irondro. Fatigués, nous entrons dans un 'hôtely' (petit restaurant) pour manger. Avec le souvenir de mon mal de ventre dans le taxi-brousse, je boude et mange à peine ce que l'on nous sert : une assiette énorme de riz rouge, une petite assiette de viande pleine de sauce, un bol d'eau de riz. Perrine se plaint de s'être fait piquer par un moustique.

Finalement; le chauffeur de taxi convainc Papa qu'il peut nous emmener jusqu'à Manakara, sous prétexte qu'on s'arrêtera quand on voudra. Nous remontons dans le taxi, même démarrage que d'habitude. Au bout de quelques kilomètres, le taxi s'arrête pour vérifier ce qui ne va pas avec les phares : ils sont très faibles. Il n'arrange rien et repart. Au détour d'un virage, la voiture ralentit et s'arrête. Le chauffeur a beau appuyer sur l'accélérateur, ça ne répond plus. Bon...

Il faut essayer de faire repartir le moteur. Et la route est plate. Donc il faut pousser... Episode à la Little Miss Sunshine, je ne peux pas m'empêcher de rigoler, bien que la situation commence à être problématique. La voiture repart puis s'arrête après quelques mètres. Nous sommes en rase campagne, le village d'Irondro est à une dizaine de kilomètres. Il faut attendre que quelqu'un passe.



Nous faisons des signes avec une pauvre lampe-torche. Une voiture passe, sans s'arrêter. Puis un gros camion arrive, nous dépasse et s'arrête. Ouf ! Le conducteur discute deux minutes avec notre chauffeur de taxi préféré, retourne dans son camion et revient avec une corde. Avec son assistant, ils attachent la voiture au camion, avec un double noeud, puis remontent dans le camion. Nous aussi remontons dans le taxi. Le camion démarre. Miracle ? Il nous tire sur quelques mètres ! Puis Chtack ! La corde lâche et le camion ne s'arrête plus. Le taxi essaie de klaxonner, mais forcément la batterie est à plat. Panique ! Le chauffeur fait des signes et siffle par la fenêtre, mon père agite la lampe-torche comme un fou.

Par chance, il s'arrête et recule vers nous. A ce moment, Florent me dit de filmer avec le caméscope, nous nous mettons à pouffer de rire, Perrine restée dans la voiture se met à pleurer. Le conducteur du camion trouve un cable en fer et rattache la voiture à son véhicule. Cette fois-ci, ça marche, le camion nous tracte à une vitesse folle de retour jusqu'au village d'Irondro, le taxi freinant tellement fort qu'à l'arrivée, les plaquettes de frein fument.

Il faut donc attendre un taxi-brousse pour nous emmener jusqu'à Manakara. On nous informe qu'il en passera un vers minuit mais que nous ne sommes pas sûrs de trouver quatre places dedans, et qu'il faudra peut-être nous séparer. Tout mais pas ça... Notre seule force était l'union. J'essaie d'élaborer les meilleurs combinaisons dans ma tête. Il n'est que 21 heures. Il fait nuit noire. Quelque part dans le village, il y a une projection du film King Kong, mais nous restons assis à la table du restaurant. Le temps que les choses se tassent, le chauffeur de taxi revient vers nous pour nous annoncer que son taxi a été réparé et que nous pouvons repartir pour Manakara. Non, mais, ça va pas la tête ?!

Pourtant il n'y a pas d'autre solution. Nous refusons de nous séparer. Le mécanicien du village nous assure que la courroie de l'alternateur a été reconnectée. Mon père décide d'y retourner. On le suit. Et ça repart, démarrage sans les mains en deuxième.

Tout va bien, les feux éclairent normalement. Le voyage jusqu'à Manakara peut enfin se réaliser. Nous longeons une voie ferrée, passons par de nombreux ponts où seule une voiture à la fois peut s'engager. Mais nous sommes seuls sur la route, à part quelques piétons qui aparaissent sur le bas-côté, marchant entre deux villages. La ville est en vue. La voiture ralentit à nouveau et s'arrête. « Essence ! » dit le conducteur, qui ne semblait pas avoir vu venir la panne sèche. Mais il lui reste des bouteilles dans le coffre. Le ciel est constellé d'étoiles au-dessus de nos têtes et on entend le bruit des vagues. Une dernière poussée pour lancer la voiture et nous nous mettons en quête de trouver un hôtel pour les quelques heures qui nous séparent du départ du train.

Le taxi s'arrête devant l'établissement Sidi, une grande bâtisse qui inspire confiance de l'extérieur, mais qui se révèle vieille et mal entretenue de l'intérieur. La clenche de porte de notre chambre à Perrine et moi est cassée. Les meubles sont poussiéreux. Mais nous sommes déjà chanceux d'avoir une chambre avec salle-de-bain, aussi délabrée soit-elle, l'eau qu'elle fournit est chaude. Après une douche bienvenue, nous nous glissons entre les draps qui sentent le renfermé. Une dernière crise de fou rire en remarquant qu'un bout de tissu au coin de chaque taie d'oreiller ressemble étrangement à une culotte fantaisie rose à dentelles, et je m'endors lentement, dérangée par les néons qui filtrent à travers les rideaux, les aboiements et les voix d'hommes qui occupent la rue et troublent la tranquillité de la nuit.

Mercredi 19 août
Nous nous réveillons à 5 heures. Nos vêtements sont encore tachés de la boue du parc de la veille, mais nous n'avions pas assez de place dans nos sacs-à-dos pour apporter de quoi nous changer. Tant pis, personne ne nous connaît. Le chauffeur de taxi est toujours là, prêt à nous emmener en ville, à la gare. Le train devrait partir à 7 heures. Il nous dépose et on lui serre la main, sans rancune, et il nous dit « bon voyage » en Français.

Le hall de la gare à haut plafond est déjà noir de monde. Encore une fois, je me rends compte que les Malgaches sont tous petits. L'air est chaud et humide, comme si les haleines de tous ces gens réunis remplissaient la pièce. Il y a des femmes, des enfants, des bébés, avec leurs sacs, leurs valises, leurs légumes et leurs poulets. Ca sent mauvais. Vivement qu'ils ouvrent les portes qui donnent sur le quai. Nous prenons des tickets en première classe.


7 heures moins le quart, les portes s'ouvrent et la bousculade commence. On se presse et on se pousse autour de moi, comme si des vies étaient en jeu. En fait, en arrivant devant la porte de la première classe, je devine que tous ces gens vont être à l'avant du train, en deuxième classe, alors qu'ils sont trois fois plus nombreux. Contraste, quand j'entre dans le wagon : trois jeunes Françaises avec leurs énormes sacs-à-dos, quelques couples de blancs francophones, et une bande d'Italiens style vestimentaire alternatif qui avaient réservé leurs places. L'un d'eux parle très bien malgache et nous colle la honte, à nous enfants de malgaches. Pour couronner le tout, ils pensaient qu'on était japonais.

Avec quelques minutes d'avance, chose très surprenante à Madagascar, le train s'ébranle et c'est parti pour 9 heures de trajet, arrêt dans chacune des 13 gares du parcours qui révèle de beaux paysages du début à la fin. Ca ne roulait pas vite, environ 50 kilomètres par heure, on avait donc le temps d'apprécier... A chaque gare, nous avons eu droit à des vendeurs de beignets, sucrés ou salés, de pain, de fruits, de colliers. C'était toute une organisation qui suivait l'ordre des repas de la journée, comme si c'était les pauses restauration officielles. Ils nous proposaient aussi les spécialités de leur village : poivre, piment, café, vanille, miel...

Après nous être penchés à la fenêtre pendant une bonne partie du voyage et nous être émerveillés devant le paysage, nous nous sommes lassés. Pendant la fin du voyage, nous étions assis les bras croisés, les yeux fixés sur nos genoux. « Quand est-ce qu'on arrive ? »

Arrivés à Fianarantsoa, nous avons d'abord traversé les ruelles qui devaient servir de toilettes pour trouver un hôtel, qui s'est avéré être plein. Nous avons donc fait le chemin inverse pour retourner vers la gare et trouver un taxi jusqu'à l'hôtel Raza, conseillé par le guide du Petit Futé. Ca s'est avéré être un très bon choix, une chambre d'hôtes en fait, dans un quartier calme. Nous y avons croisé un couple de jeunes Français installés à Mayotte depuis un an, mais sur le point de retourner dans le sud-ouest de la France. On a aussi retrouvé un couple gay aperçus dans le train. A l'heure du dîner, nous nous sommes retrouvés dans le salon pour échanger nos histoires, expliquer pourquoi on était là, ce qu'on avait vu avant. En se présentant, le fiancé de la Française a avoué sur le ton d'une excuse qu'il travaillait dans la finance. Je me rappelle étonnament bien de leurs visages. Mais on n'a jamais su leurs noms.

Jeudi 20 août
Après une nuit froide et humide dans un lit tout enfoncé au milieu, nous nous sommes réveillés avec les cris de mon père qui voulait qu'on lui ouvre le portail. Encore un réveil en fanfare, quoi. Il était sorti pour retrouver la maison dans laquelle il avait habité quelques années pendant son enfance. Après un aller-retour à la salle de bain, c'est avec mauvaise humeur que mon frère, qui avait dormi tout habillé à cause du froid, nous a annoncé qu'il n'y avait plus d'eau. Gromellant encore contre ce pays quelque peu arriéré, nous avons pris un petit-déjeuner morose et sommes partis en taxi à la recherche d'un moyen de transport pour rentrer à Tana. Là, les gens étaient infiniment plus sympathiques que dans la capitale et nous on proposé de nous trouver un 4x4, repartant éventuellement d'un hôtel pour nous ramener, ou de nous appeler dès qu'un taxi-brousse serait plein et prêt à partir. En attendant, nous sommes allés faire le plein de cadeaux dans une boutique artisanale.

Le taxi-brousse qui nous a reconduits à Tana passait les medleys de chansons d'amour qui m'ont tant marqués et que nous avons entendus par la suite dans d'autres taxis d'une compagnie différente. C'est là un grand mystère qui m'intrigue beaucoup. Partis à 10 heures du matin, nous ne sommes arrivés chez notre ami Mamy que vers 19 heures, alors que la nuit était déjà tombée.

Cette nuit-là, Perrine a été prise de tremblements et de fièvre. Le début des ennuis.

Vendredi 21 août
Pas de répit pour les braves. Il y a toujours quelque chose au programme. Ce jour-là, il y avait deux rendez-vous avec la famille à honorer. A midi, déjeuner avec la maman de Mamy, Bebe Mariety, dans un quartier de Tana : Besarety (« là où il y a beaucoup de charettes »). Encore un déjeuner monumental, symbole de l'accueil irréprochable que nous ont réservé les malgaches tout au long de notre séjour. Mais ca fait mal au ventre, l'hospitalité. Et surtout, j'étais assise à côté de Bebe Mariety qui me faisait passer tous les plats et me faisaient comprendre que je devais en reprendre. De son côté, Perrine se pliait en deux à cause de ses maux de ventre causés sans doute par la nourriture qu'on nous avait servis sur la route la veille. Alors tout le monde a sorti son petit conseil pour faire passer ça : mets quelque chose de chaud sur ton ventre, bois du coca sans bulles, bois chaud, prends des pilules de charbon. Dans la famille on est tous un peu docteurs, ou quoi ?

Séquence pélerinage, ensuite, puisque nous sommes montés jusqu'au quartier Ankadivato pour voir l'autre maison de mon père et de sa famille. IIK26 bis. La plaque était toujours là. Et aussi l'affiche « Attention chien méchant ». Mais on ne pouvait pas rentrer.





Nous avons continué à monter les marches jusqu'au lycée Jules Ferry, un grand bâtiment abandonné, qui se mute peu à peu en ruine, parfait pour un film d'horreur.



Puis nous sommes redescendus pour nous rendre chez Narijoana et sa femme Marcelle qui nous a montré ses peintures de paysages malgaches, de feux de brousse, de lémuriens faits avec de la terre rouge. Avant d'aller au restaurant chinois, nous sommes passés chercher la mère de Narijoana dans sa belle petite maison, et nous avons croisé un ami de la famille qui s'est révélé être médecin. C'est dans la pénombre qu'il a diagnostiqué ma soeur d'un manque de vitamines et qu'il lui a prescrit de la Maloxine, un anti-paludéen, qu'elle a failli vomir dans les toilettes du restaurant chinois tellement il était amer. Mais le repas était quand même plaisant. Marcelle nous a félicité de notre courage pour avoir vécu toutes ces aventures. J'étais heureuse que quelqu'un le reconaisse en dehors de nous.


Samedi 22 août
Au programme : cérémonie de retournement des morts quelque part à une heure de route de Tana. Contrairement à ce que le nom laisse croire, c'est une fête. Le matin, ça commence par la marche jusqu'au tombeau, puis la sortie des corps dans leurs linceuls, le remplacement des linceuls et leur dépôt en vue de tous. Ca nous a fait très bizarre d'être escortés jusque devant le nouveau tombeau, là où les corps d'une famille étaient entreposés, dans leurs linceuls heureusement, montrés avec fierté » et respect. Au moment où on est arrivés, en milieu d'après-midi, les chants traditionnels et les discours (kabary) commençaient. A Madagascar il y a une tradition orale très forte. Dans la plupart des familles, il y a quelqu'un qui est doué en discours et qui représente la famille aux grandes occasions. Cette personne s'excuse toujours en prenant la parole, remercient Dieu, les ancêtres et l'Etat. Ce dernier était alors composé d'un conseil réunissant les 4 tendances politiques incapables de trouver un accord sur la mise en place d'un gouvernement, ce qui a fait rire l'assemblée.







Il y a eu de beaux chants, des danseurs de tous les âges, des musiciens sous le drapeau malgache, ce qui m'a montré à quel point les Malgaches sont fiers de leur pays, de leur langue et de leur culture. D'ailleurs il y a eu un concours dans le village dont on remettait le prix ce jour-là, qui portait justement sur la culture malgache. A la clé : deux vélos et un voyage Tana-Paris pour un séjour dans les pays de la zone Schengen. Un beau cadeau pour la gagnante, qui a fondu en larmes.

De retour à Itaosy, chez Mamy, la famille regardait le Popstar malgache : Pazzapa. Cette émission n'a fait que confirmer le fait que nous n'avons pas du tout les mêmes standards en matière de musique : ils adorent les chanteurs qui sont taxés de ringards dans la Nouvelle Star, comme Céline Don, Barbara Streisand, Mariah Carey... Sans oublier toutes les mimiques qui vont avec et les trémollos dans la voix. D'accord ils chantent bien, mais ils ne créent rien de nouveau.C'est ce qu'on pourrait leur reprocher s'ils tentaient leur chance en France. D'ailleurs devinez qui a fait un flop un France et qui venait de Mada ? Tizee Bone ! Mais si, le mec de TRAGEDIE !!! Il sortait justement de Pazzapa mais il s'est retiré du marché français et fait désormais un carton là-bas. Par contre il a changé de nom : maintenant c'est Izit. Et c'est beaucoup mieux quand il chante en malgache. Peut-être parce que je ne comprends pas les paroles.

Dimanche 23 août
Nous faisons grève et laissons papa aller à je-ne-sais quelle église pour donner des livres donnés par son église en France. Pendant ce temps, nous regardons le début d'un film pour ados mais quand Florent allume l'ordinateur, le courant saute. Les deux ados de la maison nous disent que ça arrive souvent et que ce n'est pas sa faute. Ils nous demandent si on n'a jamais de coupure de courant et sont surpris d'entendre que ça n'arrive jamais, jamais? jamais! chez nous.

L'après-midi, du monde commence à arriver. On ne les connaît pas, ils ne nous connaîssent pas. C'est notre père qui les a invités mais il n'est pas encore rentré. Situation délicate, un silence gêné plane pendant que la dizaine de personnes s'installe dans le salon, avec maris, femmes, grands enfants et leurs fiancés, cousins, bébés. Mon père arrive enfin et nous présente la famille de son demi-frère Jules qu'on n'a jamais vu. Il paraît que ce monsieur est notre cousin. Mais il est grand-père ! C'est difficile à croire et je me dis qu'il doit y avoir une erreur quelque part. Quelqu'un lance le karaoké (un autre classique du divertissement à la malgache) et l'ambiance se détend un peu. Mon père est ému, solennel, heureux de voir sa famille, de tenir le petit-fils de son neveu dans ses bras. Il l'appelle « mon arrière-petit-fils ».


Lundi 24 août
Nous avons décidé pendant le week-end de partir avec la famille de Mamy au bord de la mer, à Foulepointe, sur la côte est, jusqu'à samedi. C'est Noro, la femme de Mamy, qui s'est chargée de réserver le bus jusqu'à Tamatave. Et en effet, c'est un vrai bus que nous prenons, confortable, avec des rideaux, la clim, de vrais sièges... La Rolls des taxis-brousse. Sur la route, juste avant de s'arrêter pour manger, nous dépassons un camion renversé sur le bas-côté dans un virage.

Mardi 25 août
Nous arrivons à Tamatave vers 2 heures du matin et restons dormir une heure ou deux dans le bus en attendant qu'un plus petit taxi-brousse nous emmène jusqu'à Foulepointe. Je suis épuisée et désorientée. Je me laisse balloter dans la voiture, sur la route pleine de trous et de bosses. Vers six heures du matin, la voiture s'arrête dans un village où la route est en sable. On y est. L'aurore pointe le bout de son nez. Avec Florent et les enfants, on marche jusqu'à la plage et on assiste pile au lever de soleil sur la mer. Magnifique !

Après des recherches infructueuses pour une place dans un hôtel pour 9 personnes, nous aterrissons dans les bungalows spartiates de l'hôtel « Silhouettes de l'est ». La chambre est tellement minable, sans eau chaude ni porte pour la salle-de-bain que nous nous reportons vers une vraie chambre d'hôtel, confort à l'occidentale, avec eau chaude, moustiquaires et ventilateur. Ouf ! Nous n'avons plus le charme de dormir dans une cabane au toit de palme tressée, mais au moins la literie n'est pas à même le sol.

Nous partons nous dorer sur la plage pour toute la journée, et profitons même d'une petite sortie en mer sur une pirogue pour découvrir la faune de la barrière de corail qui entoure la plage. Je m'endors au soleil pendant qu'on écrit mon nom sur le sable et choppe un coup de soleil sur le décolleté. Pas classe.



Après un dîner en ville, en passant par un chemin sombre éclairé par des lucioles, nous nous couchons, à l'heure impossible de 20 heures 30, mais complètement crevés. En me brossant les dents, je découvre un lézard sur le mur. Quelques minutes après il réapparaît au-dessus de notre lit. Perrine s'enferme dans la moustiquaire.

Mercredi 26 août
Contrairement à la veille, ce jour fut pluvieux et gris. Ils nous a fallu quitter notre belle chambre pour un bungalow partagé entre nous tous. Assez confortable, mais pas d'eau chaude ni de porte ou de plafond pour la salle de bain. Du coup, on pouvait tout voir de la mezzanine. Et il y avait trois lits deux places et un matelas pour neuf personnes. Soit.

Le temps s'est assez dégagé pour que vers midi nous allions déjeuner sur la plage, du poisson grillé à l'air féroce. La pluie s'est remise à tomber en fin d'après-midi, genre pluie tropicale.

Jeudi 27 août
A sept heures, tout le monde est déjà levé, sauf Perrine qui est fatiguée. Papa la tire hors du lit pour aller prendre un petit-déjeuner sur la plage. On nous sert du thé au lait. Soudain Perrine à l'air de nous faire une crise. On dirait qu'elle a mal au ventre et à la tête. Elle n'arrive pas à nous expliquer ce qui ne va pas. Elle se lève de table en catastrophe, suivie par mon père. Après plusieurs minutes ou je sens moi aussi que je ne pète pas la forme, je mange du pain, seule nourriture en laquelle j'ai alors confiance. On se lève tous pour partir à la recherche de Perrine et papa et on le trouve assis sur la plage, Perrine visiblement assoupie, allongée les cheveux dans le sable.

Après un aller-retour à la pharmacie pour acheter de la vitamine C, Mamy décide de trouver quelqu'un pour emmener Perrine à l'hôpital. Nous n'avons aucune idée de la distance à laquelle se trouve l'hôpital. Perrine se sent mal de créer tant de remous et ne veut pas y aller. Mais on trouve rapidement un 4x4 appartenant à quelqu'un de haut placé dans la région, qui nous emmène au dispensaire, dans le village de Foulepointe, donc pas si loin que ça. Nous sommes pris en urgence par le médecin qui prend sa tension, lui demande si elle a eu de la fièvre, si elle a pris des médicaments. On lui dit qu'on prend de la Nivaquine depuis le début du séjour, mais il nous annonce que ce n'est plus efficace contre le paludisme. C'est ballot. Donc Perrine est diagnostiquée du palu. On lui prescrit 3 piqures de Quinine dans les 3 jours qui suivent, la première à prendre tout-de-suite. Nous passons dans la pièce d'à côté, celle de l'infirmière, Perrine appuyée sur mon bras. J'observe les gestes de l'infirmière, qui ouvre une seringue stérilisée, la remplit de produit issu d'un flacon, donne une bonne tape sur la fesse de Perrine et lui enfonce l'aiguille sans plus de cérémonie. Je vois la jambe de Perrine qui tressaillit et une grimace sur son visage. Ca a l'air de faire plus de mal que de bien. Elle se sent mal, elle veut s'allonger par terre. La voilà qui s'effondre, entre mon père et Mamy. L'infirmière lui fait de l'air avec un cahier, tout en disant qu'il faut qu'elle reprenne des forces en mangeant.

Le reste de la journée, Perrine reste en convalescence dans le bungalow et nous veillons tous les trois sur elle. Plus tard, Perrine est en état pour se relever et assister à l'évènement musical organisé par une marque de bière sur la plage : le THB Tour. Ils mettent en place un concours de Tecktonik (eh oui, ça traverse les océans, ces trucs là) pour les enfants, qui viennent s'agiter sur le podium. Puis un concours de danse tropicale pour les petites filles. Shocking ! Il s'agit de remuer ses fesses violemment devant la foule en délire. Une toute petite fille gagne. Plus tard dans la soirée, il y aura une discothèque géante sur la plage, mais Perrine et moi allons nous coucher.



Vendredi 28 août
Je suis réveillée par mon mal de ventre. Je me précipite aux toilettes et là ce n'est pas beau à voir. Je vous épargne les détails crus, mais j'ai la tourista. Perrine va mieux. Nous profitons de la plage le matin avant de quitter le bungalow et de prendre le taxi-brousse jusqu'à Tamatave. Là, nous retrouvons Toky, la nièce de Noro, qui travaille dans cette ville et qui a voyagé dans différents pays d'Afrique. Nous mangeons une bonne glace multi-parfums dans des verres de cantine chez le fameux Abdallah Ouad.

Je ne vais pas mieux et visite les toilettes toutes les heures. Jusqu'au restaurant chinois dans lequel elle nous emmène. J'apprécie quand même le repas, une soupe aux raviolis de légumes. La famille de Mamy part dormir chez Toky et nous rentrons dans notre chambre d'hôtel familiale. Il n'y a toujours pas de porte pour les toilettes mais cette fois-ci il y a de l'eau chaude, ô miracle !

Samedi 29 août
Nous avons pris des cyclo-pousses pour nous rendre au bazarbe (grand bazar) pour acheter d'autres cadeaux. J'ai trouvé une boîte secrète pour Rob : difficile de déceler comment on l'ouvre, mais le vendeur m'a montré la technique. Vers 11 heures, nous avons retrouvé les autres à la gare routière pour le retour à Tana.



Dimanche 30 août
Toujours pas de trou dans notre emploi du temps. Ce jour-là, nous sommes allés rendre visite à de la famille plus proche, que nous avons l'habitude de voir en France : la soeur de ma grand-mère, tantine Suze. Comparée aux maisons malgaches, elle a une belle demeure, avec un terrain assez grand. Il fut un temps où elle avait une piscine mais elle est vide aujourd'hui, puisqu'il n'y a plus d'eau à la source, et elle contient ses tortues. Dans sa maison, nous nous sentions un peu plus proche de chez nous, puisqu'elle était remplie de photos de nos cousins, et dans un coin nous avons même déniché une photo de nous trois, la même que celle qui trône dans le salon à Courcouronnes.


J'avais encore des maux de ventre, mais la nourriture qu'elle nous a servie était vraiment bonne, bien que simple. Et j'étais ravie de voir que pour une fois on nous servait des légumes avec la viande, et en entrée. J'ai été surprise par le goût de la papaye, parfois sucrée, parfois désagréablement amère. Comme un goût de tartre pour être honnête.

Puis nous avons marché jusqu'à la propriété de Roland, et quand je dis propriété, c'est ce qu'il faut comprendre. Un petit lac au milieu d'un dénivellé. Un piano à queue qu'on ne peut pas éviter quand on rentre dans la maison. Nous sommes arrivés pour le café alors qu'ils avaient déjà des invités.



Nous avons rencontré là un couple qui prévoyait comme nous d'aller à Majenga la semaine suivante. Nous nous sommes aussi fait cuisiner par toute cette famille éloignée qui nous demandait, comme tous les malgaches que nous avons rencontré là-bas, ce que nous pensions de Mada et des malgaches. Et comme d'habitude, Perrine a répondu la réponse gentille « C'est beau ». Mais ce n'est pas tout, ils ont voulu savoir comment on trouvait les mecs malgaches, à Mada, et en France, si on parlait malgache, si on comprenait, que c'était bien dommage, et ils ont enchaîné sur l'importance de conserver la culture malgache, même si l'on ne parle pas la langue.

Là, j'ai bien voulu leur concéder que je trouvais les Malgaches conviviaux, très accueillants, depuis le début, que c'était comme une grande famille et là ils ne se sentaient plus de joie et m'ont déballé le concept de « fihavanana », qui justement reprend cette idée de fraternité et d'hospitalité. On a légèrement eu le sentiment de se faire bourrer le crâne, surtout quand il nous ont dit qu'il faudrait qu'on épouse des malgaches. C'était très subtil, quelqu'un a dit que ce serait bien aussi qu'on ramène des Anglais ou des Allemands, et là j'ai ri intérieurement, mais qu'il y a de très bons partis à Madagascar.

Nous sommes repartis assez perplexes.

Lundi 31 août
Nous sommes descendus à Tana dans le quartier d'Analakely pour faire du shopping, acheter des cartes postales et d'autres souvenirs. J'ai craqué pour un djembé et un tambourin en peau de zébu mais j'ai sûrement payé beaucoup plus que ce qu'il ne valait.

Nous avions rendez-vous à 15 heures à la gare routière pour Majenga. Ce voyage fut horrible. J'étais devant, au milieu, sur un siège qui en fait n'en était pas un, juste un habillage en rembourrage au-dessus d'un truc qui me chauffait les fesses et qui était dur comme de l'acier. Le repose-tête n'était pas fixé au siège mais glissé dans le rembourrage.Du coup, quand j'essayais de reposer ma tête dessus, les branches en fer me rentraient dans le dos. Je m'imaginais être comme un personnage du jeu des Sims, dont la barre de confort diminue jusqu'à atteindre zéro et dont le diamant au-dessus de la tête indiquant l'humeur devient rouge vif : exécrable. J'avais les nerfs en pelote et une envie de pleurer.



Mardi 1er septembre
Arrivés à Majenga, la ville commençait à s'éveiller. Nous avons été accueillis par Johnny, une personne envoyée par un membre de la famille de mon oncle (cherchez pas, c'est trop compliqué). Nous avons croisé par hasard le couple qui nous avait aidés à passer rapidement aux contrôles de frontière à l'aéroport. Mais eux repartaient vers Tana.

Pour ces trois jours à Majenga, nous devions loger dans un bungalow près de la mer, loué par les bonnes soeurs du coin. C'était un très bon plan puisque la maison en question était juste à côté de la plage, orientée vers l'ouest, donc parfait pour voir les couchers de soleil. Il y avait un petit jardin avec des fleurs d'Ylang-Ylang. De là, ça ressemblait à ce que j'imaginais de vacances sur une île paradisiaque.


La plage n'était pas très jolie et des algues mortes s'entassaient à quelques mètre du bord, mais tant pis, tout ce qu'on voulait c'était s'allonger sur le sable et dormir. Pendant ce temps, les hommes sont partis faire les courses pour remplir le frigo (oui, on en avait un!). J'ai fait la cuisine pour la première fois du séjour : une salade de crudités, priant pour que les tomates lavées à l'eau non potable passent bien.

Après manger, nous avons marché jusqu'à un coin de plage bondé où de jeunes débiles se sont amusés à nous lancer leur balle sur la tête. Cette technique de drague a beau être universelle, je ne la comprends toujours pas. Le soir, nous avons décidé d'aller manger en ville. Perrine et moi rêvions d'une pizza. Une bonne vieille pizza avec du fromage, quelques légumes, et surtout, pas de riz. Au détour d'une rue, nous avons trouvé un petit restaurant, bien illuminé et à l'air propre. Et à notre plus grande joie, on nous a servi trois pizzas quatre-fromages. J'ignore quels étaient les trois premiers, mais on a vu le cuisinier sortir et revenir avec des boîtes de Vache Qui Rit. C'était délicieux.

Nous avons marché le long du bord de la mer, en ville, où un marché artisanal était installé et où une sono attirait les jeunes venus manger des brochettes, des glaces et de la barbe-à-papa. On se serait cru en France, sur la côte. J'ai essayé de marchander pour acheter une petite guirlande pour la déco, mais la vendeuse n'a rien voulu entendre. Du coup je suis allée chez le vendeur d'à côté, mais ils n'avaient pas d'aussi belles choses. J'ai pris la mauvaise (ou bonne ?) habitude de marchander et de faire la difficile sur les prix, alors que ça ne valait jamais plus de 5 euros. Et quand je ne marchandais pas, j'avais l'impression de me faire arnaquer...

Mercredi 2 août
Le lendemain, il faisait toujours un temps superbe. Il faisait même trop chaud. Florent a eu l'idée d'aller s'asseoir dans l'eau sur des chaises en plastique du jardin. C'est ce que nous avons fait, et c'était une idée très fun !



A midi, nous avons retrouvé le couple qui prenait ses vacances à Majenga en même temps que nous. Ils nous on fait goûté des camarons : comme d'énormes crevettes. Nous sommes allés les manger dans un petit restaurant tenu par un couple de lesbiennes, l'une française, l'autre malgache, aucune des deux très classe. Elles parlaient comme des gros durs et juraient comme des charretiers.

Jocelyne nous a parlé de son année au Canada en échange universitaire, de son travail dans une grande entreprise, et ça donnait envie. Elle, comme ma mère, a vécu en France et fait ses études en France. Ca m'a fait réfléchir sur la façon dont elles voient la France et Madagascar. Terre d'accueil, terre des ancêtres, terre inconnue.

Le soir, nous sommes retournés en ville avec eux et nous avons goûté aux brochettes grillées, aux bananes plantains et aux samossas grillés.

Un délice, ponctué par des coupures de courant dans le restaurant devant lequel nous mangions, comme si on avait branché trop d'appareils électriques en même temps. Nous avons aussi vu passer un improbable petit train.



Nous avons osé les glaces de chez « Gastro Glace », sans conséquences graves pour la santé. Puis il fallu trouver un taxi pour 7. Bien sûr il n'y en avait pas. Nous nous sommes donc entassés à 5 à l'arrière et 2 devant. Pendant que la glace de Perrine lui coulait dessus par le fond du cornet, j'avais l'impression d'être assise sous trois personnes. Jocelyne avait peur quand le chauffeur de taxi accélérait dans la ligne droite pour prendre de l'élan et couper le moteur. Pour couronner le tout, aux abords du quartier où nous étions logés, un barrage de police nous attendait. Le policier nous a arrêté et à bien regardé avec sa lampe de poche à travers les vitres de la voiture. Le chauffeur a expliqué en souriant que nous étions des vacanciers qu'il ramenait à l'hôtel, pas loin. Je ne sais pas comment ni pourquoi, mais il nous a laissé partir.

Jeudi 3 août
En fin de matinée, nous avons rejoint Jocelyne et Clément, un peu plus loin sur la plage, en face du restaurant. Nous avons mangé en compagnie de Patrice, le frère de Jocelyne, qui se faisait une fierté de manger son riz avec les mains, comme un Africain. Been there, done that. Nous avons assisté à notre dernier coucher de soleil sur la côte ouest puisque nous partions tôt le lendemain.


Johnny est passé nous chercher pour nous conduire chez Mamy, son patron, en empruntant des pistes compètement couvertes de trous et sur lesquelles on ne pouvait pas rouler à plus de 20 kilomètres à l'heure. Là-bas, nous avons fait la bise à toute une famille, sans enregistrer un seul prénom. Encore un repas de famille, avec apéritif, grignotage, entrée, plat et déssert. Le tout accompagné du légendaire « Bonbon Anglais », une boisson gazeuse au goût de bonbon Arlequin. Nous sommes rentrés absolument pleins.





Vendredi 4 août
Nous avons quitté le bungalow et ses deux lézards à 6 heures du matin. Près de la gare routière, avant le départ, nous avons mangé des viennoiseries meilleurs qu'à Paris et surtout bien moins chères, vendues dans la rue. Le retour en taxi-brousse s'est fait à 100 kilomètres/heure, ce qui est extrêmement rapide pour le pays. La route était bien goudronnée, du coup le chauffeur se permettait des pointes d'accélération et dépassait tout ce qui bougeait, en poussant les deux coups de klaxon inutiles et néanmoins légendaires. Malgré la chaleur désagréable, les paysages sur cette route étaient spectaculaires : nous zigzaguions sur les montagnes, croisions des cascades, traversions des ponts neufs mais qui semblaient fragiles, observions les feux de brousse qui dévoraient les côtés des vallées, repérions des oasis de verdure perdues au milieu d'un désert rouge.




Nous sommes arrivés plus tôt que prévu, grâce à la vitesse du chauffeur. Une fois chez Mamy, nous n'avions plus la force de rien faire que manger quelques patates douces et nous coucher, pendant que nos hôtes se rendaient à une soirée.

Samedi 5 août
Si vous avez lu jusqu'ici sans tricher, écrivez -choucroute- dans les commentaires. On arrive au dernier week-end. Encore plus chargé que les autres, si jamais c'est possible. Le matin de ce samedi, nous sommes allés acheter les tout derniers souvenirs dans le quartier d'Analakely. Puis nous sommes passés à la pâtisserie de l'hôtel hypra-chic Colbert, dans lequel aucun malgache ne dort. Nous avons acheté des gâteaux à offrir à la famille qui nous recevait le midi, ainsi que des petites cochonneries pour la route. Mais attention, des cochonneries raffinées : une religieuse, un paris-brest et une tropézienne. Chers pour Madagascar, mais tellement cheap pour la France ! Les trois, de facture vraiment soignée, pour moins d'1 euro.

Nous nous sommes rendus en taxi chez Tiana, le fils du demi-frère de mon père. C'est ça la famille malgache. Séquence émotion : nous nous sommes rendus au tombeau familial de mon père, sur lequel il n'était pas retourné depuis presque quatre décennies. Rien qu'à l'idée de ce pélerinage, il a fondu en larmes dans la maison de Tiana. Nous avons donc marché jusqu'à une enceinte de briques rouges aux murs d'environ deux mètres. A l'intérieur, deux maisons qui n'avaient pas été prévues avaient été construites, par manque d'espace dans la commune. Au final, le tombeau en lui même était entouré de friches, dévoré par les mauvaises herbes mais tenait toujours debout.


Nous sommes aussi passés voir une tante de mon père, âgée de 90 ans, une petite dame qui avait l'air enjouée, malgré sa difficulté à se déplacer et sa cataracte. S'en est suivi le repas inévitable, auquel on nous resservait de la nourriture alors qu'on n'avait rien demandé et que nos assiettes étaient encore pleines. Nous avons joué au loto (un jeu très populaire là-bas) avec les jeunes de la famille. Puis quelqu'un a monté le son de la musique et on a esquissé quelques pas de danse.



Enfin, l'heure est venue de nous rendre à notre deuxième rendez-vous, je vous le donne en mille : un dîner dans une autre famille. Après des adieux interminables où il fallait poser pour les photos de tout le monde, avec untel et unetelle, puis avec les autres... Avec la nuit tombante, des essaims de moustiques nous tournaient autour. Nous nous sommes précipités dans la voiture de Dasy qui était venu nous chercher.



Une fois chez lui, il a fallu répondre à la question fatidique : « Comment avez-vous trouvé Madagascar ? », faire un récit en accéléré de notre séjour (vous voyez la taille de ce billet, autant dire qu'on devait être vachement sélectifs). Repas familial : gratin de chou-fleur, très bon, et pour une fois c'est pas du riz. On a saucé le plat. Mais là, c'était l'erreur ! Ce n'était que l'entrée ! « Vous ne pensiez pas qu'on allait vous donner que ça quand même ? » Eh oui, jamais de repas sans riz. Donc le riz nous a été servis, et après la journée empiffrage qu'on venait de subir et l'apéro qu'on venait de nous servir, je n'ai pas pu m'empêcher d'être un peu désagréable et de ne pas terminer mon assiette en disant qu'on « avait presque l'impression qu'on voulait nous engraisser. » Mais qu'ils se détrompent, je ne suis pas maigre, ou mal-nourrie. Alors qu'ils arrêtent de me passer le plat, et OUI je suis sûre.

Et en plus, au dessert, il y avait de la glace.

Dimanche 6 septembre
Dernier jour à Madagascar. Dans la maison, il y a une atmoshpère de conspiration, les adieux se préparent, les valises se bouclent. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous chez Nina, une cousine de maman, qu'elle n'a jamais rencontré. C'est étrange. Les gens comprennent qui nous sommes mais ne nous connaissent pas. Ils nous invitent pourtant à leur réunion de famille. Cette famille là est beaucoup plus aisée que celle de mon père. Ce sont des gens qui viennent souvent en France. On s'y croirait. Ils habitent une propriété gardée par des hauts murs et un vigile. Les deux soeurs mariées à deux frères se sont fait construire deux maisons identiques, face à face.


Le repas est digne d'une réception de mariage. Je rencontre le frère et les soeurs de ma grand-mère. La tradition matriarcale est très présente. Je m'en rends compte quand ma grand-tante Danièle que je rencontre pour la première fois prend la parole devant ses frères et soeurs, neuveux, nièces, petits-enfants, brus, gendres, gouvernantes, bébés. Elle nous remercie d'être venus au nom de toute la famille. Même à sa façon de me parler, je sens que je lui dois le respect. Elle n'est pas tout-à-fait familière avec nous et elle a un petit air sévère qui la différencie beaucoup de ma grand-mère, qui lui ressemble pourtant beaucoup physiquement. Je soupçonne qu'elles ont été élevées dans une famille plutôt stricte et loin de la pauvreté.




Entre le déjeuner et le café, nous montons dans une chambre où les jeunes se sont rassemblés. Ce sont des cousins qui plaisantent gentiment entre eux, et qui nous accueillent tout de suite dans leur cercle. Ils nous proposent même d'utiliser Internet. En effet, chose rare, ils ont une connexion chez eux. Je jète seulement un coup d'oeils à mes mails, la machine étant très lente, et remarque que j'ai une centaine de mails attendant d'être lus. Je me dis que ce sera quand même bien de retourner à la civilisation. Nous discutons des études, de musique, de famille... En bas, on nous appelle pour le gâteau.

Nous sommes heureux qu'on ne nous ait pas scrutés en train de manger, au cas où l'on ne finirait pas nos assiettes et cette fois-ci, il nous reste de la place pour manger le dessert. Tout le monde est assis dehors, autour de la table, mangeant sur ses genoux, de manière décontractée. Les gens viennent nous poser quelques questions, sont un peu intrigués de nous voir là. Et puis déjà vient l'heure de rentrer. Notre chauffeur de 4x4, rare luxe que l'on s'est offert pendant ce séjour, nous attend. Avant de partir, mon père prend la parole pour remercier tout le monde de notre accueil. Danièle nous dit d'un air solennel, la main posée sur mon épaule, qu'elle pense beaucoup à notre grand-mère qui n'est pas revenue à Madagascar depuis 20 ans. Je me demande si, et quand je reverrais cette dame.

De retour chez Mamy, la soirée s'annonce longue. Avant notre départ, tout le monde veut passer nous voir une dernière fois, pour nous passer des bricoles qu'ils veulent envoyer en France, et nous dire au revoir. La famille a préparé un vrai festin pour nous. Huit kilos de pommes-de-terre sont destinés à nous faire des frites, ils ont acheté des choux à la crème et des éclairs au chocolat. On nous sert aussi de la charcuterie pendant que les invités défilent.


Marcelle et Narijoana qui nous laissent une lettre pour ma tante, Dasy et Lento qui nous apportent des feuilles de manioc pilées et des boîtes de coloration pour cheveux demandés par une autre de mes tantes, Atzy et Lili qui nous ramènent une valise qu'on leur avait prêtée remplie de vieux vêtements de papa, Toky que nous avions rencontré à Tamatave et ses parents qui nous ramène de la vanille tressée, Tatie Bako qui aide toujours si bien à la maison. Je crois que la nourriture m'a beaucoup marquée pendant ce voyage. Je relève qu'on a aussi droit à du riz gluant aux brèdes en plus des frites.

Il y a de la musique, nous riions tous, nous faisons du hoola hoop sur le balcon, et on voit dans les yeux de nos hôtes qu'ils sont tristes de nous voir partir. C'est émouvant. Demain, il faudra se lever à 3 heures 15 pour être à l'aéroport très tôt. Je blague qu'on ferait aussi bien de ne pas dormir. Mais je tombe finalement de sommeil.

Lundi 7 septembre
Ce sont les enfants du demi-frère de papa qui s'organisent pour nous accompagner à l'aéroport, dans deux voitures, dont une louée avec chauffeurs. Ils font des efforts énormes alors qu'ils ne roulent pas sur l'or. Nous chargeons nos 8 bagages dans les deux voitures et faisons nos adieux à Noro, Aina et Andrianina. Mamy nous accompagne aussi. Il fait froid et nuit mais déjà, la ville s'éveille, il y a de la lumière derrière les volets, des gens qui marchent sur le bord de la route, même deux types qui font des étirements et que la voiture doit éviter pour ne pas les écraser.



Nous retrouvons l'aéroport où nous avions débarqué, plus de trois semaines auparavant. Il me semble plus familier. Je me sens déjà loin. Une fois le contrôle de sécurité passé, on pourrait être dans n'importe quel aéroport occidental. Nous traînons dans la boutique de parfums, dans celle d'alcool et de cigarettes. Un agent de sécurité de l'aéroport demande discrètement à mon frère d'aller lui acheter une bouteille de Johnny Walker et lui glisse un billet de 50 dollars américains. Il est l'heure d'embarquer. Nous faisons le chemin inverse de notre arrivée et remontons dans l'avion. Le vol durera 15 heures avec une escale de deux heures à Saint Denis de la Réunion, dans un aéroport à deux pas de la mer, au goudron impeccable, au design lumineux et spacieux : retour en France, prévu à 22 heures 55.







Friday, October 02, 2009

6 months ago

On April 2, 2009 I was walking home from school with a brand new pair of skinny jeans in my bag.

I was going to wear that pair of jeans in the evening, for my second date with a young guy I had met online. A clever and handsome guy. A handsome and clever guy.

There was expectation in the air because of the last time I saw him, which wasn't a date. I had the feeling that he had concluded that he didn't like me that much, and all hopes of getting involved with him in some kind of relationship had suddenly wavered. My mission for that evening was to make him change his mind, and if he wasn't already under my spell, he would be from that night on. I had to show him.

There was quite a lot at stake on that day : the possibility of leaving loneliness behind, the will of appearing like an interesting and attractive person, the prospect of a free meal in a nice traditional pub. I could have been petrified just by thinking of it. On the contrary, I was thrilled. It was going to be like a challenge, and of course it was going to be fun. There wasn't so much risk to take into account, somehow I knew I had already won.

After checking my outfit under every possible angle, the time had come to walk up my street and wait for the tall man in a red car. Just as I reached the corner, I saw him pass by, without stopping. That was rather comical. He was looking very concentrated on the road, slightly leaning on the wheel, probably trying to remember where the hell he had dropped me off last time. He didn't see me.

I had to call him on his mobile phone and exchange confused directions and broken words with him to make him come back on his tracks. After minutes of self-consciousness on the kerb, while people who could have been my students were passing by, seeing me half smiling to myself for the awkwardness of the situation, the red car slowed down and overtook me. Here he was.

As I opened the passenger door, I had become that classy woman who was going to ravish him. I caught a glimpse of gel in his hair, sure sign of a neat grooming, a whiff of a delicate perfume and the smell of leather. It was obvious that he had made an effort, and that meant he had probably as much expectation about this night than I had. So I felt confident.

And rightly so. After a delicious meal in a charming, secluded pub, talking, staring into each other's eyes, laughing, joking, flirting, confiding into one another, he touched my shoulder lightly to show me to his car. He drove, we talked more, we listened to some music I had selected for him, he stopped the car in front of my house, I wouldn't go out of the car, or let him see the sordid place in which I lived. I talked again, let him tell me more about himself, the conversation died off. I pretended I should go. He asked for a kiss goodnight.

And that was how it started.

Parlons... d'amour ?

Ca va en surprendre certains, mais je suis sérieuse, j'ai envie de parler d'amour, sans cynisme, sans moquerie et sans ironie. Je vous vois déjà vous marrer devant votre écran : ça y est, Cesso est in love, elle va nous sortir des trucs trop romantiques sur son boyfriend fantastique. Mais non, je vous rassure, Cesso restera Cesso et il m'est toujours impossible de sortir des niaiseries sur ma vie de couple. Et je me suis demandé pourquoi.

Pourquoi est-ce que, pour moi, c'est tabou, voire obscène, de parler d'amour sans prendre de distance ? Pourquoi est-ce que je hais tant les chansons d'amour qui détaillent les sentiments de façon littérale, genre « When I first saw you, I knew you were the one » ?
Est-ce que je hais l'amour ? Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?

Je prends l'exemple des chansons. Quand j'avais 15 ou 16 ans, j'ai écrit la deuxième chanson de ma vie, et je me souviens du refrain : ça faisait « Why don't see me/ why don't you talk to me ». C'est ridicule, on est bien d'accord. Mais pourquoi ? Parce que ça parle de ce que l'on ressent, sans aucun effort de mise en forme, de façon très directe et terre-à-terre. Ce qui me gêne, c'est que ce sentiment d'isolement et d'inaccessibilité était à l'époque très fort, et qu'il méritait d'être pris en compte à sa juste valeur, mais les mots que j'ai utilisé ne le traitent pas en tant que tel. Ils font tout-à-coup apparaître ce sentiment qui a hanté toute mon adolescence comme quelque chose de vulgaire. Ce que je suis en train de dire, c'est que l'amour et ce qu'il nous fait ressentir, c'est beau et noble en soi, et cette beauté est difficile à respecter dès que l'on cherche à mettre des mots dessus. C'est délicat. Rien que de dire : c'est beau l'amour, vous voyez que ça gâche tout.

Je ne nie pas que, si on écoute les chansons d'amour à la Céline Dion, et toutes les chansons de r'n'b qui vulgarisent atrocement le thème, si on s'en tient au fait, ça peut être touchant. On pense à nos coups de foudre, à celui qu'on aime, on s'identifie au personnage, mais si on regarde les paroles, on se dit qu'il n'y a vraiment eu aucun effort artistique pour embellir la forme : « Girl you know I miss you/ I just want to kiss you ». Le parolier ne s'est vraiment pas foulé. Et c'en est carrément une insulte à cette chose que l'on ressent quand on est loin de la personne qu'on aime, cette chose qui pourtant peut remplir de nombreuses et douloureuses secondes de notre vie. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut négliger, du coup ça m'agace d'entendre que l'on en parler ainsi. Je n'aime pas non plus le côté larmoyant de la plupart des grandes chansons d'amour, qui transforment la chose en un sentiment geignard, surtout si on y ajoute des mélodies sirupeuses et des violons dégoulinants.

Il y a aussi autre chose qui m'empêche de parler d'amour. Je suis une ancienne célibataire endurcie, et je sais ce que c'est que d'entendre les gens autour parler de leur belle histoire avec untel : ça rend jaloux. Maintenant que je suis « en couple », je me vois mal me mettre à décrire ce que je ressens pour R alors que je sais à quel point c'est rageant de ne pas être dans ce bonheur. J'aurais trop l'impression de me vanter. Et de toute façon, il est encore une fois bien difficile de faire comprendre la complexité de ce sentiment dans une conversation de tous les jours, il faut non seulement une habilité dans le discours de celui qui raconte mais aussi une disponibilité de la part de ce lui qui écoute.

Peut-être qu'à force d'être la célibataire de service, j'ai fini par donner l'impression de ne pas croire du tout à l'amour et de minimiser ce sentiment (ce qui a été parfois vrai), mais c'était une manière de me protéger du regard de pitié qu'on leur réserve parfois (« T'es toute seule? Oh, ma pauvre. T'inquiète pas, je suis sûre que tu vas trouver chaussure à ton pied. Ca arrivera quand tu t'y attendras le moins! » Bullshit.) Je préférais faire croire que c'était un choix, et que je me débrouillais très bien toute seule. A m'en convaincre moi-même.

Thursday, September 24, 2009

Patience

Un jour j'aurais le courage de terminer mon récit de voyage à Madagascar et de le mettre en page, et puis je le posterai sur ce blog. Promis !